Gaza : Israël maintient sa doctrine des assassinats ciblés

Aerial view of Gaza City at night featuring Masjed altabyah with light trails and a vibrant skyline.Photo : Belal Salem / Pexels

L’annonce du « martyre » d’une figure militaire palestinienne, désignée comme l’un des « héros des batailles de Gaza », confirme la persistance de la doctrine israélienne d’assassinats ciblés contre les cadres du Hamas et de la résistance palestinienne. Selon le quotidien libanais Al Akhbar, cette opération s’inscrit dans une séquence ininterrompue d’éliminations menées par les services de sécurité israéliens depuis le déclenchement de la guerre à Gaza, en octobre 2023, et démontre que Tel-Aviv continue de miser sur la décapitation des structures de commandement adverses comme principal outil stratégique.

L’opération vise un commandant présenté par les médias proches de l’axe de la résistance comme une figure de premier plan des combats menés dans la bande de Gaza. Sa disparition, saluée comme un sacrifice par ses partisans, intervient dans un contexte de pression militaire continue sur l’enclave palestinienne, où les frappes ciblées contre les responsables des brigades Ezzedine al-Qassam se sont multipliées. Pour les analystes du dossier sécuritaire, le message envoyé par l’État hébreu est clair : aucun cadre militaire palestinien ne peut être considéré comme hors d’atteinte, y compris après plusieurs cycles de négociations indirectes au Caire et à Doha.

Une doctrine ancienne, recyclée à grande échelle

La pratique des éliminations sélectives ne constitue pas une nouveauté dans l’arsenal israélien. Elle remonte aux opérations du Mossad consécutives à la prise d’otages des Jeux olympiques de Munich en 1972, et a été systématisée durant la seconde Intifada, entre 2000 et 2005, contre les cadres politiques et militaires du Hamas et du Jihad islamique. Reste que l’ampleur prise par cette doctrine depuis deux ans dépasse largement les épisodes antérieurs, avec l’élimination de hauts responsables comme Ismaïl Haniyeh à Téhéran en juillet 2024, puis Yahya Sinwar dans le sud de la bande de Gaza en octobre de la même année.

Selon la lecture proposée par Al Akhbar, cette stratégie repose sur une conviction profondément ancrée dans l’appareil sécuritaire israélien : la neutralisation des têtes pensantes d’une organisation armée suffirait à désorganiser durablement sa chaîne de commandement. Or les faits sur le terrain contredisent partiellement cette hypothèse. Le Hamas a démontré, malgré la perte successive de plusieurs de ses dirigeants politiques et militaires, une capacité de reconstitution rapide de ses cellules de combat dans le nord comme dans le sud de l’enclave.

Un pari aux retombées régionales incertaines

Au-delà du théâtre gazaoui, la doctrine israélienne d’éliminations extraterritoriales pèse sur l’équilibre régional. Les frappes attribuées à Tel-Aviv au Liban, en Syrie, en Iran et plus récemment au Qatar ont créé une zone grise diplomatique où les capitales du Golfe et les pays médiateurs s’estiment exposés. Doha, qui héberge le bureau politique du Hamas et joue un rôle central dans les pourparlers sur les otages, a déjà exprimé son irritation face à des opérations menées sur son territoire, considérées comme une atteinte à sa souveraineté.

Pour les chancelleries arabes, la question dépasse le seul cas palestinien. Elle interroge la viabilité d’une architecture régionale fondée sur la médiation et le dialogue, alors qu’un acteur militaire majeur revendique de fait un droit d’intervention sans limites géographiques. À l’inverse, les responsables israéliens, à commencer par le Premier ministre Benyamin Netanyahou, défendent une lecture strictement sécuritaire : tant que les commandants du Hamas resteront opérationnels, ils constitueront des cibles légitimes, indépendamment de leur localisation.

Une efficacité militaire débattue

La portée stratégique réelle de ces opérations divise les experts. Certains soulignent que la disparition de figures emblématiques affaiblit la cohésion symbolique des organisations visées et complique la transmission du savoir-faire militaire. D’autres rappellent que les mouvements de résistance palestiniens ont historiquement absorbé ces pertes en s’appuyant sur une structure horizontale et un renouvellement générationnel des cadres. La mort du commandant évoqué, présentée comme un coup dur par les services israéliens, ne devrait pas, selon plusieurs observateurs cités par la presse arabe, modifier l’équation militaire à Gaza.

Concrètement, la séquence en cours confirme la centralité de la doctrine des assassinats ciblés dans la stratégie israélienne post-7 octobre. Elle illustre aussi les limites d’une approche essentiellement cinétique, alors que la résolution politique du conflit reste suspendue à des négociations enlisées. Selon Al Akhbar, le pari de Tel-Aviv sur les éliminations demeure entier, mais ses dividendes politiques apparaissent de plus en plus incertains.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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