Al Akhbar : Israël englué dans une guerre d’usure régionale

Detail of the Israeli national flag highlighting the Star of David, emphasizing its cultural significance.Photo : cottonbro studio / Pexels

La grille de lecture proposée par Al Akhbar est sans ambiguïté : l’armée israélienne affronte une guerre d’usure dont l’effet cumulé entame son pouvoir de dissuasion régional. Ce diagnostic, formulé depuis Beyrouth, prolonge un débat ouvert dans les capitales du Moyen-Orient depuis l’embrasement consécutif au 7 octobre 2023. Pour le quotidien libanais, la multiplication des fronts auxquels Tel-Aviv doit répondre simultanément constitue le cœur du problème stratégique israélien.

Une dissuasion israélienne contestée sur plusieurs théâtres

La thèse défendue par le journal s’appuie sur un constat opérationnel. L’État hébreu doit conduire en parallèle des opérations à Gaza, gérer la pression au Liban-Sud, surveiller la Cisjordanie et anticiper les frappes venues du Yémen, de la Syrie et d’Irak. Cette dispersion contraint l’appareil militaire à un effort prolongé que ses planificateurs n’avaient pas, selon Beyrouth, dimensionné dans la durée. La notion de dissuasion, pierre angulaire de la doctrine israélienne depuis les années 1950, repose sur la capacité à imposer un coût rapidement insupportable à l’adversaire. Une guerre longue contredit mécaniquement ce principe.

Le quotidien souligne que les frappes attribuées au Hezbollah, aux Houthis et aux factions irakiennes ne visent pas la victoire militaire conventionnelle. Elles cherchent l’épuisement matériel, budgétaire et psychologique de l’adversaire. Concrètement, chaque interception de missile balistique ou de drone mobilise des intercepteurs dont le coût unitaire dépasse largement celui de la munition adverse. Cette équation économique défavorable a déjà été mise en avant par plusieurs analystes occidentaux, notamment au sujet de la défense antimissile Arrow et du système David’s Sling.

Le coût stratégique d’une guerre prolongée

Au-delà de l’arithmétique militaire, Al Akhbar insiste sur les répercussions internes. La mobilisation prolongée des réservistes pèse sur l’économie israélienne, fragilise certaines filières industrielles et alimente un débat politique interne déjà polarisé. Le journal y voit la traduction concrète d’un affaiblissement de la posture de dissuasion, indissociable du moral national et de la cohésion du front intérieur. Cette dimension psychologique, théorisée de longue date par les stratèges israéliens eux-mêmes, fait désormais l’objet d’un retournement argumentatif depuis Beyrouth.

La publication évoque également la transformation des règles d’engagement. Les attaques de drones lancées depuis le Yémen sur des cibles situées dans le sud d’Israël, ou les tirs en provenance du sud du Liban, ont contraint Tel-Aviv à redéployer des moyens de protection vers des zones jusque-là considérées comme sanctuarisées. Cette extension géographique de la menace participe, selon le quotidien, à la démonstration que la profondeur stratégique israélienne s’est rétractée.

Une bataille narrative entre Tel-Aviv et l’axe de la résistance

Le texte d’Al Akhbar doit se lire pour ce qu’il est : une contribution à la guerre des récits que se livrent Israël et l’axe mené par Téhéran. Pour les capitales du Golfe, du Maghreb et du Levant, ces lectures opposées orientent les choix diplomatiques, les arbitrages budgétaires en matière de défense et la perception du risque dans les places financières régionales. Riyad, Abou Dabi et Le Caire suivent avec attention l’évolution du rapport de forces, conscients que la crédibilité de la dissuasion israélienne conditionne aussi l’équilibre sécuritaire de l’ensemble de la zone.

Reste que la notion d’érosion de la dissuasion demeure contestée. Les responsables israéliens mettent en avant les frappes ciblées conduites en Syrie, au Liban et au Yémen, ainsi que l’élimination de cadres politiques et militaires adverses, pour étayer une lecture inverse. La controverse, loin d’être close, structure désormais le débat stratégique au Moyen-Orient et alimentera les prochaines séquences diplomatiques autour de Gaza, du Liban-Sud et du dossier nucléaire iranien. Selon Al Akhbar, c’est bien la durée du conflit, plus que son intensité instantanée, qui constitue le défi majeur pour l’appareil sécuritaire israélien.

Pour aller plus loin

Islamabad transmet à Washington une proposition iranienne révisée · Gaza : Israël maintient sa doctrine des assassinats ciblés · Liban : Joseph Aoun sous le feu des critiques d’Al Akhbar

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About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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