Le mégaprojet minier Vara Mada, anciennement connu sous le nom de Base Toliara, repart à Madagascar après plus de vingt ans d’enlisement. Porté par la société américaine Energy Fuels et adossé au soutien diplomatique de Washington, ce gisement de minerais stratégiques situé dans le sud-ouest de la Grande Île figure parmi les plus importants jamais identifiés sur le territoire malgache. La signature d’un accord avec l’État, dont la publication est imminente, doit ouvrir la voie à une exploitation projetée sur trente-huit années.
Un gisement stratégique au cœur de la rivalité sino-américaine
Le périmètre minier renferme de l’ilménite, du zircon et de la monazite, trois ressources désormais classées parmi les minéraux critiques par les grandes puissances industrielles. L’ilménite alimente la production de dioxyde de titane, indispensable aux pigments, à l’aéronautique et à certains alliages militaires. La monazite, elle, contient des terres rares dont les chaînes d’approvisionnement sont aujourd’hui largement dominées par la Chine, ce qui explique l’intérêt très politique manifesté par les États-Unis pour ce dossier.
Le rebaptême opéré en décembre, de Base Toliara à Vara Mada, signe une volonté de réancrage local d’un projet longtemps perçu comme étranger. Energy Fuels, l’opérateur américain, a hérité du dossier après des années de blocage liées à des contestations sociales et environnementales dans la région d’Atsimo-Andrefana. Ce sud-ouest malgache, l’un des plus pauvres du pays, concentre à la fois des attentes économiques fortes et des fragilités sociales que les autorités d’Antananarivo ne peuvent ignorer.
Un accord verrouillé par la Haute Cour et le Parlement
La procédure retenue par l’exécutif malgache prévoit un parcours institutionnel verrouillé. Le contrat négocié entre l’État et l’investisseur doit d’abord être rendu public, étape inhabituelle dans l’histoire minière locale, longtemps marquée par l’opacité contractuelle. Il sera ensuite soumis à la Haute Cour constitutionnelle, qui examinera sa conformité aux principes de la loi fondamentale, avant un passage devant les deux chambres du Parlement.
Cette séquence vise à blinder juridiquement un dossier qui a déjà connu plusieurs revirements politiques. Suspendu en 2019 par décision gouvernementale après des manifestations dans la région de Toliara, le projet avait été placé en sommeil pendant cinq ans avant que les négociations ne reprennent discrètement. Le format choisi, avec validation parlementaire, traduit aussi la volonté de protéger l’investissement contre les aléas d’une éventuelle alternance politique. Les opérateurs miniers exigent de plus en plus ce type de garanties en Afrique, à l’heure où plusieurs États du continent renégocient ou dénoncent leurs codes miniers.
Trente-huit ans d’exploitation, un test pour la souveraineté minière malgache
La durée annoncée, près de quatre décennies, soulève des interrogations légitimes sur le partage de la valeur. Madagascar tente depuis plusieurs années de réformer sa fiscalité extractive, jugée trop favorable aux opérateurs étrangers, sans parvenir à un équilibre stable. Le précédent du projet Ambatovy, dans le secteur du nickel et du cobalt, a montré les limites d’un modèle où les retombées locales restent inférieures aux espoirs initiaux. Vara Mada arrivera donc avec une exigence accrue de transparence sur les redevances, l’emploi local et les engagements environnementaux.
L’enjeu géopolitique n’est pas moins lourd. Le soutien américain au projet s’inscrit dans la stratégie déployée par Washington pour sécuriser des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques hors de la sphère chinoise. Cette dynamique se retrouve au Mozambique, en République démocratique du Congo ou encore en Zambie, où les agences fédérales américaines multiplient les partenariats. À Madagascar, l’arrivée d’Energy Fuels positionne l’île dans la cartographie des nouveaux fournisseurs occidentaux de terres rares, avec ce que cela implique de pression diplomatique et d’attentes industrielles.
Reste l’équation sociale. La région d’Atsimo-Andrefana cumule sécheresses récurrentes, insécurité alimentaire et faiblesse des infrastructures. Les autorités locales attendent du chantier un effet d’entraînement sur les routes, l’électricité et l’emploi qualifié. Les organisations de la société civile, échaudées par les promesses non tenues du passé, surveilleront de près les compensations foncières et les études d’impact. La crédibilité du nouveau cadre contractuel se mesurera dans les premiers mois d’exécution, bien plus que dans les communiqués officiels. Selon RFI Afrique, l’accord doit prochainement être rendu public avant son examen par la Haute Cour constitutionnelle puis par le Parlement.
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