Eramet : le manganèse gabonais dope les résultats du T1 2026

Aerial shot of a large quarry in Kaduna, Nigeria, during the day.Photo : LekePOV / Pexels

Eramet a publié une croissance de 13 % de son chiffre d’affaires sur les trois premiers mois de 2026, portée principalement par les volumes de manganèse extraits au Gabon. Le groupe minier français, présent à Moanda via sa filiale Comilog, capitalise sur la robustesse de son actif gabonais pour compenser un environnement de marché jugé défavorable. La progression confirme la place stratégique du sous-sol gabonais dans le portefeuille industriel d’un groupe en pleine recomposition autour des métaux de transition.

Le manganèse de Moanda, moteur du trimestre

Le site de Moanda, dans le Haut-Ogooué, demeure l’un des plus importants gisements de manganèse à haute teneur au monde. La hausse des volumes extraits et expédiés au cours du trimestre a permis au groupe de tenir ses objectifs opérationnels malgré une conjoncture de prix peu porteuse. Cette dynamique s’inscrit dans la continuité des investissements consentis ces dernières années pour fluidifier la chaîne logistique reliant la mine au port d’Owendo, via le Transgabonais.

La Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale historique d’Eramet au Gabon, joue un rôle pivot. Elle alimente une part substantielle de la production mondiale de manganèse destinée à la sidérurgie et, plus récemment, aux applications batteries. Le manganèse gabonais reste prisé pour sa qualité métallurgique, qui en fait un intrant recherché par les aciéristes asiatiques, notamment chinois et indiens.

Le lithium argentin monte en cadence

Au-delà du Gabon, la performance trimestrielle s’appuie sur l’accélération du projet lithium en Argentine. L’usine de Centenario, dans la province de Salta, poursuit sa montée en puissance après une phase de démarrage progressif. Le groupe vise une contribution croissante de ce nouveau pilier à mesure que la demande mondiale en métaux pour batteries se structure, malgré la volatilité actuelle des cours du carbonate de lithium.

Cette diversification géographique et minéralogique illustre la trajectoire d’Eramet vers les métaux dits stratégiques. La direction du groupe mise sur la complémentarité entre une rente manganèse historique, ancrée en Afrique centrale, et de nouveaux relais de croissance positionnés sur la transition énergétique. Reste que la rentabilité de ces nouveaux actifs dépendra étroitement de la trajectoire des prix mondiaux, encore convalescents après la correction des deux dernières années.

Un trimestre sous pression de marché

Le contexte n’a pourtant rien d’un long fleuve tranquille. Les cours du manganèse comme du lithium ont évolué sous tension, fragilisés par un déséquilibre persistant entre offre et demande sur certains segments. La progression du chiffre d’affaires repose donc davantage sur l’effet volume que sur l’effet prix, ce qui place la discipline opérationnelle au cœur de l’équation financière du groupe.

Pour le Gabon, ces résultats valident une stratégie de spécialisation minière qui demeure l’un des rares amortisseurs face à la baisse tendancielle de la production pétrolière. Le manganèse représente une part significative des recettes d’exportation du pays et constitue un employeur majeur dans le Haut-Ogooué. Les autorités gabonaises, engagées dans un effort de renégociation de plusieurs contrats miniers depuis la transition politique, observent avec attention la performance de leurs partenaires industriels.

Concrètement, la trajectoire d’Eramet au premier trimestre conforte aussi la pertinence des investissements logistiques engagés autour du Transgabonais et des terminaux miniers d’Owendo. La capacité à acheminer des volumes croissants depuis l’arrière-pays jusqu’à la côte conditionne directement la compétitivité du minerai gabonais face à ses concurrents sud-africain et australien. Tout incident d’exploitation ferroviaire se traduit immédiatement par une contraction des exportations.

Dans les prochains mois, l’attention se portera sur la trajectoire des prix du manganèse, sur la cadence atteinte par l’usine argentine et sur la capacité du groupe à préserver ses marges face à un environnement de coûts encore élevé. La saison 2026 s’annonce charnière pour valider la thèse d’un Eramet rééquilibré entre rente africaine et croissance latino-américaine. Selon Gabon Review.

Pour aller plus loin

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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