Le Mali traverse l’une des séquences sécuritaires les plus dégradées depuis le coup d’État de 2020. L’offensive conjointe menée le 25 avril par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et des mouvements indépendantistes du nord a infligé un revers significatif à la junte d’Assimi Goïta. Pour le chercheur Luis Martinez, spécialiste du Sahel, l’option militaire seule a atteint ses limites et l’absence de canal politique avec les djihadistes promet des drames d’une ampleur supérieure à ceux déjà enregistrés.
Un GSIM en position de force au Sahel
Affilié à Al-Qaïda, le GSIM s’est imposé comme l’acteur armé non étatique le plus structuré de la zone sahélienne. Son chef, Iyad Ag Ghaly, dirige une nébuleuse capable de coordonner des opérations simultanées sur plusieurs fronts, du centre au nord du Mali. L’attaque du 25 avril illustre cette montée en puissance opérationnelle, avec une articulation tactique entre djihadistes et indépendantistes touaregs qui pèse sur la cohésion territoriale du pays.
L’organisation a su tirer parti du retrait de la force française Barkhane en 2022, puis du départ de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) fin 2023. Le vide sécuritaire laissé par ces désengagements n’a été que partiellement comblé par les supplétifs russes du groupe Wagner, devenu Africa Corps. Les unités maliennes, faute de couverture aérienne et de renseignement satellitaire suffisant, peinent à reprendre l’initiative sur des espaces désertiques étendus.
L’option du dialogue, une rupture doctrinale
Évoquer une négociation avec un groupe inscrit sur les listes terroristes internationales reste un tabou pour Bamako comme pour ses partenaires. Pourtant, Luis Martinez estime que l’absence de discussions politiques condamne le pays à une spirale de violences contre les populations civiles. Sa thèse s’inscrit dans une réflexion plus large : plusieurs États sahéliens ont tenté, ces dernières années, des contacts discrets avec des cadres locaux du GSIM pour obtenir des trêves ponctuelles, sans que ces démarches ne soient jamais assumées publiquement.
Le précédent algérien des années 1990, comme l’expérience mauritanienne plus récente, ont montré qu’une combinaison de pression militaire, d’offre politique et de programmes de réinsertion pouvait fragmenter une mouvance djihadiste. À l’inverse, le tout-sécuritaire mené depuis plus d’une décennie au Sahel n’a pas empêché l’expansion du GSIM hors des frontières maliennes, vers le Burkina Faso, le Niger et désormais les pays côtiers du golfe de Guinée.
La junte de Bamako confrontée à ses limites
Arrivée au pouvoir sur la promesse de restaurer la sécurité, l’équipe d’Assimi Goïta voit son crédit politique entamé par chaque revers de terrain. La rhétorique souverainiste, l’éviction des partenaires occidentaux et le rapprochement avec Moscou n’ont pas produit les résultats annoncés. La création, en juillet 2024, de la Confédération des États du Sahel avec Ouagadougou et Niamey a consolidé un front diplomatique, mais elle ne s’est pas traduite par des gains sécuritaires tangibles.
Reste la question du calendrier politique. Le pouvoir militaire a repoussé à plusieurs reprises l’élection présidentielle initialement prévue en février 2024, invoquant les conditions sécuritaires. Cette justification se retourne aujourd’hui contre la junte : si l’État malien ne parvient pas à protéger ses populations dans les régions de Gao, Kidal ou Ménaka, l’argument d’une transition prolongée perd en légitimité. Les chancelleries de la sous-région observent avec attention l’évolution du rapport de forces, conscientes qu’un effondrement supplémentaire au Mali aurait des répercussions immédiates sur l’ensemble de l’architecture sécuritaire ouest-africaine.
Pour Luis Martinez, la fenêtre d’opportunité d’un règlement politique se referme à mesure que le GSIM consolide ses bastions et que les populations rurales, abandonnées par l’État, se résignent à pactiser avec les groupes armés pour survivre. L’enjeu dépasse désormais le seul Mali : il engage la trajectoire du Sahel pour la décennie à venir. Selon Le Monde Afrique.
Pour aller plus loin
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