Au Mali, l’enquête sur les attaques coordonnées du 25 avril 2026 s’élargit désormais aux rangs de l’armée elle-même. Dans un communiqué diffusé le vendredi 1er mai au soir, le procureur de la République près le Tribunal militaire de Bamako a annoncé l’arrestation, ces derniers jours, de plusieurs militaires et anciens militaires. Tous sont soupçonnés de complicité avec les assaillants qui ont frappé simultanément plusieurs cibles stratégiques à travers le pays, dont la garnison de Kati, cœur névralgique du pouvoir militaire au sud, et la ville de Kidal, dans le nord.
Une opération conjointe du Jnim et du FLA d’une ampleur inédite
Les offensives du 25 avril portent la signature d’une alliance opérationnelle entre deux acteurs que tout opposait jusque-là sur le plan idéologique. D’un côté, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), affilié à al-Qaïda et dirigé par Iyad Ag Ghaly. De l’autre, le Front de libération de l’Azawad (FLA), structure indépendantiste qui rassemble depuis 2024 plusieurs mouvements touareg dissidents. Cette convergence tactique, déjà perceptible depuis plusieurs mois sur le terrain, a permis aux assaillants de viser des objectifs très éloignés les uns des autres et de déjouer en partie les dispositifs de surveillance de l’état-major.
La reprise de Kidal par les groupes armés constitue, à elle seule, un revers symbolique majeur. La ville n’avait été ramenée dans le giron de Bamako qu’en novembre 2023, au terme d’une offensive très coûteuse menée avec l’appui du contingent russe d’Africa Corps, héritier du groupe Wagner. Sa perte, deux ans et demi plus tard, met en cause l’ancrage réel de l’État central dans le septentrion malien.
La mort du général Sadio Camara, un séisme politique
Le coup le plus rude reste cependant la disparition du ministre de la Défense, le général Sadio Camara, tué lors de l’assaut contre Kati. Figure centrale du putsch d’août 2020 qui a porté Assimi Goïta au pouvoir, il était considéré comme l’architecte du rapprochement avec Moscou et le pivot de la stratégie sécuritaire de la junte. Sa mort prive le Conseil national de transition d’un de ses piliers et rebat les cartes au sein du cercle restreint des colonels.
Que des assaillants aient pu pénétrer Kati, camp réputé verrouillé et abritant la résidence de plusieurs hauts gradés, alimente naturellement les soupçons de complicités internes. C’est précisément le sens des arrestations annoncées par le parquet militaire. Sans préciser le nombre exact des personnes interpellées ni leurs grades, le procureur évoque la qualification de complicité, qui suppose un partage de renseignements, une facilitation logistique ou un relâchement délibéré de la vigilance.
Une junte fragilisée, sous pression sécuritaire et politique
Pour le pouvoir de transition, l’enjeu est double. Sur le plan opérationnel, il s’agit d’identifier les failles humaines qui ont rendu possible une attaque d’une telle simultanéité. Sur le plan politique, ces arrestations envoient un signal de fermeté à une opinion troublée par la mort d’un ministre en exercice et par la chute d’une ville stratégique. Reste que l’épuration interne, si elle s’élargissait, comporte ses propres risques, dans un appareil militaire déjà traversé par des rivalités entre officiers issus du putsch de 2020 et nouvelles générations promues depuis.
Le contexte régional ajoute à la tension. Au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), qui réunit Bamako, Ouagadougou et Niamey depuis juillet 2024, la lutte contre les groupes armés reste le ciment doctrinal des trois juntes. Un revers militaire d’ampleur au Mali fragilise mécaniquement la crédibilité de cette architecture sécuritaire, au moment où Burkinabè et Nigériens font face à leurs propres offensives jihadistes. Les chancelleries occidentales, écartées du dispositif depuis le départ des forces françaises en 2022, observent sans levier direct.
Dans les jours à venir, le tribunal militaire de Bamako devrait préciser le périmètre des poursuites et, possiblement, le profil des militaires mis en cause. La transparence du processus judiciaire constituera un test pour des autorités qui ont, jusqu’ici, traité ce type d’affaires à huis clos. Selon RFI Afrique.
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