Mali : le JNIM et le FLA frappent Kati, verrou militaire de Bamako

Soldier in Colombian military uniform holding a rifle, outdoors in Bojayá, Chocó, Colombia.Photo : Franklin Peña Gutierrez / Pexels

L’irruption d’éléments du JNIM et du FLA dans la ville de Kati marque une escalade significative de la pression armée exercée sur les autorités de transition à Bamako. Verrou militaire stratégique, Kati abrite le camp Soundiata Keïta, berceau des coups d’État de 2012, 2020 et 2021, et résidence officielle du chef de la junte, le général Assimi Goïta. Toute incursion en ce lieu revêt une portée politique qui dépasse de très loin la simple opération tactique.

Kati, symbole militaire frappé au cœur du dispositif malien

Située à une quinzaine de kilomètres seulement de la capitale, Kati constitue le poumon opérationnel de l’armée malienne. C’est de cette garnison que partent traditionnellement les décisions structurantes du commandement. La voir prise pour cible par une coalition associant le Front de libération de l’Azawad, émanation des mouvements indépendantistes touaregs, et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, affilié à Al-Qaïda, signale une convergence opérationnelle qui inquiète les chancelleries de la sous-région.

Cette proximité géographique avec Bamako transforme la nature même de la menace. Jusqu’ici cantonnée aux régions septentrionales et au centre du pays, la pression jihadiste et rebelle atteint désormais le périmètre périurbain de la capitale. Le message politique adressé aux autorités de transition est limpide : aucun sanctuaire n’est considéré comme inviolable par les groupes armés.

Une convergence inédite entre rébellion touarègue et jihadisme

La conjonction du FLA et du JNIM sur une même opération témoigne d’une recomposition stratégique du paysage sécuritaire sahélien. Le Front de libération de l’Azawad, héritier de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), s’est durablement opposé aux Forces armées maliennes (FAMa) et à leurs partenaires du groupe Wagner, devenu Africa Corps, après la rupture de l’accord d’Alger de 2015. La chute de Kidal en novembre 2023 avait ouvert une nouvelle séquence d’affrontements dans le nord.

De son côté, le JNIM dirigé par Iyad Ag Ghali a multiplié les opérations spectaculaires depuis 2024, ciblant des convois militaires, des localités-clés et des axes logistiques. La katiba opère désormais avec une mobilité et une coordination accrues, notamment dans les régions de Ségou, Koulikoro et Kayes. L’attaque contre l’École de gendarmerie de Bamako en septembre 2022, déjà, avait révélé la capacité du groupe à porter le fer jusqu’aux portes du pouvoir.

Cette dynamique conjointe interroge la stratégie de la junte, qui a misé sur le retrait des forces françaises de Barkhane, le départ de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) et l’appui de paramilitaires russes. Le résultat sécuritaire, à mesure que les attaques se rapprochent de Bamako, alimente le doute sur la pertinence du repositionnement diplomatico-militaire engagé depuis 2022.

Une onde de choc régionale pour l’AES

L’incident survient alors que le Mali, le Burkina Faso et le Niger consolident l’Alliance des États du Sahel (AES), confédération née en juillet 2024 et conçue comme une réponse mutualisée aux menaces terroristes. La porosité croissante entre théâtres opérationnels, du Liptako-Gourma jusqu’aux franges méridionales, complique l’équation militaire commune. Une déstabilisation ressentie à Bamako rejaillirait immédiatement sur Niamey et Ouagadougou.

Les conséquences économiques ne sont pas moins préoccupantes. Bamako concentre l’essentiel de l’activité bancaire, logistique et minière du pays, premier producteur d’or de la région avec environ 65 tonnes en 2023. Une menace persistante sur la capitale altère la confiance des investisseurs, en particulier dans les secteurs aurifère et énergétique, où plusieurs majors étrangères opèrent encore. Les compagnies d’assurance ajustent déjà leurs primes de risque pour les expatriés et le fret.

Reste à mesurer la réponse opérationnelle des FAMa et de leurs auxiliaires. La capacité à reprendre rapidement le contrôle de Kati, à documenter les pertes éventuelles et à rétablir la continuité du commandement constituera un test direct pour la crédibilité du général Goïta. Selon Dakaractu.

Pour aller plus loin

Kidal : le FLA et le JNIM s’emparent de la base abritant Africa Corps · L’armée malienne signale des combats à Bamako et plusieurs villes · Madrid réplique aux pressions du Pentagone sur la défense

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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