La presse privée sénégalaise réclame un arbitrage présidentiel. Le Conseil des diffuseurs et éditeurs de presse du Sénégal (CDEPS) a publiquement enjoint au chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, de prendre position sur les contentieux qui empoisonnent les relations entre le gouvernement et les entreprises médiatiques depuis l’arrivée au pouvoir du tandem Pastef en avril 2024. L’organisation, qui fédère les principaux groupes de presse écrite, audiovisuelle et numérique du pays, estime que la situation a atteint un point de rupture susceptible de menacer la viabilité économique d’un pan entier de l’industrie médiatique nationale.
Un bras de fer fiscal et financier qui s’enlise
Le différend porte sur plusieurs dossiers cumulés. Les rédactions et les régies publicitaires dénoncent depuis des mois des redressements fiscaux jugés disproportionnés, le gel de la commande publicitaire publique et le blocage de subventions inscrites au Fonds d’appui et de développement de la presse. Plusieurs titres ont déjà annoncé des plans sociaux ou suspendu leurs éditions papier. Le secteur emploie, directement et indirectement, plusieurs milliers de personnes à Dakar et en région, des journalistes aux techniciens en passant par les imprimeurs et les distributeurs.
Le bras de fer s’inscrit dans une lecture politique tendue. Une partie de l’exécutif reproche à des médias historiques leur proximité supposée avec l’ancien régime de Macky Sall et leur traitement critique des réformes engagées depuis 2024. Les éditeurs, eux, dénoncent une stratégie d’asphyxie financière qui contournerait, selon eux, les garanties constitutionnelles relatives à la liberté de la presse. Le ministre de la Communication, Aliou Sall, a multiplié les sorties fermes sur la régularisation administrative des entreprises de médias, position que le CDEPS qualifie de rigide.
Le CDEPS exige un arbitrage politique au sommet
Pour le patronat de la presse, seul le président de la République peut désormais débloquer la situation. Le CDEPS estime que les concertations techniques menées avec les ministères concernés n’ont pas produit de résultats tangibles et que l’absence de signal venu du palais alimente l’incertitude. L’organisation patronale réclame un cadre de dialogue structuré, doté d’un calendrier et d’engagements chiffrés, pour purger les arriérés et redéfinir le modèle économique du secteur.
Au-delà de la question financière, le CDEPS plaide pour la pleine application du Code de la presse adopté en 2017, dont plusieurs décrets d’application demeurent suspendus. La carte nationale de presse, les conditions d’attribution de l’aide publique et la convention collective des journalistes figurent parmi les chantiers prioritaires. Sans signal politique fort, préviennent les éditeurs, la consolidation du paysage médiatique sénégalais risque de se faire au détriment du pluralisme.
Un test pour la doctrine de souveraineté informationnelle
L’épisode constitue un test pour la doctrine de souveraineté que défend le pouvoir issu du scrutin de mars 2024. Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko ont fait de la rupture avec les pratiques de l’ancien régime un marqueur central. La gestion du dossier presse cristallise désormais une contradiction : comment concilier l’exigence de bonne gouvernance fiscale, la lutte contre la concentration médiatique et la préservation d’un écosystème pluraliste indispensable au débat démocratique.
Les bailleurs internationaux et les organisations de défense de la liberté de la presse, dont Reporters sans frontières, suivent avec attention l’évolution du dossier. Le Sénégal occupait jusqu’ici une place de référence régionale en matière de liberté médiatique en Afrique de l’Ouest francophone, devant la plupart de ses voisins immédiats. Une dégradation prolongée du climat avec les éditeurs pourrait peser sur l’image du pays auprès des investisseurs étrangers, à un moment où Dakar cherche à rassurer les marchés sur la trajectoire de ses finances publiques.
Reste à savoir si le chef de l’État acceptera de jouer le rôle d’arbitre que lui confie publiquement le CDEPS, ou s’il laissera ses ministres poursuivre la ligne actuelle. Selon Seneweb, l’organisation patronale a renouvelé son appel pressant à un arbitrage présidentiel.
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