La revendication a de quoi alarmer les états-majors sahéliens. Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), principale katiba jihadiste affiliée à Al-Qaïda au Mali, a annoncé avoir conduit des attaques coordonnées avec la rébellion touareg sur plusieurs zones du pays. L’annonce, diffusée par les canaux de propagande du groupe dirigé par Iyad Ag Ghaly, marque un tournant dans la grammaire du conflit malien. Jusqu’ici, jihadistes et mouvements indépendantistes du nord évoluaient sur des trajectoires souvent parallèles, parfois rivales, rarement convergentes.
Une jonction tactique aux conséquences stratégiques
L’éventuelle synchronisation entre le JNIM et les groupes armés touaregs reconfigure la carte des menaces auxquelles fait face la junte de Bamako. Depuis la rupture de l’Accord d’Alger en janvier 2024 et la reprise des hostilités entre Forces armées maliennes (FAMa) et ex-rebelles du Cadre stratégique permanent (CSP), le nord du pays est redevenu un théâtre d’affrontements ouverts. La perspective d’une coordination opérationnelle, même ponctuelle, démultiplie la pression sur des unités déjà sollicitées sur plusieurs fronts.
Concrètement, une telle convergence permettrait au JNIM d’élargir son emprise au-delà du centre et de l’ouest malien, tandis que les combattants touaregs gagneraient en profondeur logistique et en capacité de harcèlement. Les analystes régionaux observent depuis plusieurs mois des signaux faibles allant dans ce sens : non-agression localisée, partage tacite de zones d’influence, voire échanges de renseignements. La revendication actuelle viendrait formaliser ce que le terrain laissait entrevoir.
Bamako face à une équation sécuritaire élargie
Pour les autorités de transition dirigées par le général Assimi Goïta, l’annonce intervient dans un contexte déjà tendu. Le retrait de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), achevé fin 2023, avait laissé un vide partiellement comblé par les forces armées maliennes appuyées par leurs partenaires russes du dispositif Africa Corps, héritier de Wagner. Reste que les revers enregistrés à Tinzaouatène en juillet 2024, où une colonne malo-russe avait subi de lourdes pertes face à une coalition incluant des éléments du CSP et du JNIM selon plusieurs sources, avaient déjà révélé la fragilité du dispositif.
La nouvelle revendication accentue le doute sur la capacité de Bamako à tenir simultanément le nord touareg, le centre dogon-peul et les abords de la capitale, où le JNIM multiplie les opérations de harcèlement. Les blocus sporadiques de Kayes ou de Boulkessi ces derniers mois témoignent d’une stratégie d’asphyxie économique que la jonction avec la rébellion pourrait amplifier.
Un signal envoyé au-delà du Mali
L’onde de choc dépasse les frontières maliennes. Le Burkina Faso et le Niger, partenaires au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) créée en septembre 2023, suivent avec attention une évolution susceptible de déstabiliser l’ensemble du dispositif confédéral. La porosité des frontières dans le Liptako-Gourma rend illusoire toute lecture strictement nationale du conflit. Une coalition élargie au nord du Mali pourrait offrir au JNIM des sanctuaires consolidés, à partir desquels projeter des opérations vers Tillabéri ou le Soum.
Les chancelleries ouest-africaines, notamment à Dakar, Abidjan et Nouakchott, observent par ailleurs avec inquiétude l’éventualité d’un débordement vers les zones frontalières. La Mauritanie, qui partage plus de 2 200 kilomètres de frontière avec le Mali, a renforcé ses dispositifs militaires dans le Hodh Ech Chargui depuis 2024. Le Sénégal, lui, surveille de près la situation à Kayes, carrefour économique vital pour ses échanges avec son voisin enclavé.
Reste à mesurer la solidité réelle de cette alliance affichée. Les divergences idéologiques entre un projet jihadiste salafiste et des revendications nationalistes touaregues demeurent profondes, et l’histoire récente du Sahel a montré la volatilité de telles convergences, comme en 2012-2013 lors de la rupture entre le MNLA et Ansar Dine. La revendication du JNIM relève autant d’une réalité opérationnelle que d’une opération de communication destinée à saper le moral des forces maliennes. Selon Dakaractu, les attaques annoncées auraient visé plusieurs localités à travers le pays.
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