Les combats à Kidal ont repris dimanche 26 avril, replongeant le nord du Mali dans une séquence de violences à haute intensité. Selon les informations recueillies auprès de la rébellion touareg et d’un élu local, les échanges de tirs ont opposé les Forces armées maliennes (FAMa) à une coalition associant le Front de libération de l’Azawad (FLA) et les combattants du Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), branche sahélienne d’al-Qaïda. La veille, cette alliance hétéroclite avait lancé une vague d’assauts coordonnés contre plusieurs localités du Nord et revendiqué le contrôle de Kidal, verrou stratégique de l’Adrar des Ifoghas.
Kidal, épicentre récurrent de la fracture malienne
La cité, bastion historique de la contestation touareg, occupe une place singulière dans la géographie politique du pays. Reprise en novembre 2023 par l’armée malienne après une décennie de contrôle rebelle, elle symbolisait alors le retour de l’autorité de Bamako sur l’ensemble du territoire national. Les autorités de transition en avaient fait un trophée stratégique, célébré comme l’aboutissement d’une reconquête militaire menée en rupture avec l’ancien partenaire français et la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies (Minusma), retirée la même année.
Le retour des combats dans la ville sonne donc comme un sérieux revers pour la junte dirigée par le général Assimi Goïta. La capacité du FLA à mener des opérations offensives d’ampleur, conjuguée à la pression jihadiste, signale une recomposition des rapports de force dans le Sahel central. L’alliance circonstancielle entre rébellion identitaire et nébuleuse djihadiste, longtemps considérée comme tactique, paraît désormais structurée autour d’un objectif commun : déstabiliser la chaîne logistique des FAMa et de leurs soutiens étrangers.
Africa Corps en première ligne
Sur le terrain, l’armée malienne combat aux côtés des éléments d’Africa Corps, structure paramilitaire russe qui a succédé à Wagner après la mort d’Evgueni Prigojine. Ce dispositif, désormais chapeauté par le ministère russe de la Défense, déploie plusieurs centaines d’opérateurs au Mali, en Centrafrique, au Burkina Faso et au Niger. À Kidal, leur présence aux côtés des FAMa traduit la continuité de l’engagement de Moscou dans la profondeur stratégique sahélienne, malgré les pertes lourdes essuyées en juillet 2024 lors de l’embuscade de Tinzaouatène.
Cet épisode, durant lequel des dizaines de combattants russes et de soldats maliens avaient été tués par les rebelles touareg, avait déjà mis en évidence les limites du modèle russe face à une guérilla mobile, aguerrie au terrain désertique et bénéficiant d’appuis transfrontaliers. Reste que Bamako n’a pas d’alternative crédible à court terme, après avoir rompu ses partenariats sécuritaires occidentaux et fragilisé la coopération régionale via la sortie de la Cédéao.
Une équation régionale à plusieurs inconnues
La reprise des hostilités à Kidal s’inscrit dans un contexte sahélien plus large. La Confédération des États du Sahel, qui réunit le Mali, le Burkina Faso et le Niger depuis juillet 2024, peine à traduire son ambition d’une force conjointe de 5 000 hommes en capacité opérationnelle. Les groupes jihadistes, eux, ont multiplié les opérations dans la zone des trois frontières et progressé vers les façades côtières du golfe de Guinée. Pour les chancelleries de la sous-région, la chute éventuelle d’une ville aussi symbolique que Kidal constituerait un signal politique majeur.
Les enjeux dépassent la seule question militaire. Le contrôle du nord malien conditionne l’accès aux corridors de trafic transsahariens, l’exploitation de gisements aurifères artisanaux et la projection diplomatique de la junte. À Bamako, le pouvoir militaire avait fait de la restauration de l’intégrité territoriale le socle de sa légitimité, au prix d’un report sine die de la transition civile. Un échec prolongé à Kidal fragiliserait ce récit fondateur et raviverait les tensions internes au sein de l’appareil sécuritaire.
Aucun bilan humain consolidé n’avait été communiqué dimanche soir par les belligérants, et les communications avec la zone restaient extrêmement difficiles. Selon RFI Afrique.
Pour aller plus loin
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