Mali : les combats reprennent à Kidal entre l’armée et le FLA

Military camp in a desert with camels and soldiers in uniform next to traditional tents.Photo : Nicolas Postiglioni / Pexels

Les combats ont repris à Kidal, dans l’extrême nord du Mali, opposant l’armée nationale et ses alliés russes au Front de libération de l’Azawad (FLA), coalition séparatiste à dominante touareg. Samedi, le mouvement a revendiqué le contrôle de la ville, place forte symbolique perdue par les rebelles fin 2023 lors de l’offensive éclair menée par Bamako avec l’appui des paramilitaires russes alors regroupés sous la bannière Wagner. La reconquête annoncée par le FLA, si elle se confirme sur la durée, marquerait un revers militaire majeur pour la junte au pouvoir depuis 2020.

Kidal, verrou stratégique du Nord malien

Située à plus de 1 500 kilomètres de Bamako, Kidal n’est pas une ville comme les autres. Capitale historique de la contestation touareg, elle a échappé pendant une décennie à l’autorité effective de l’État central, d’abord aux mains des groupes armés signataires de l’accord d’Alger de 2015, puis reprise manu militari par les Forces armées maliennes (FAMa) en novembre 2023. Cette reconquête avait été présentée par le colonel Assimi Goïta comme l’aboutissement d’un cycle de souveraineté retrouvée, après le départ de la Mission des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) et la rupture avec Paris.

Le retour des combats dans la cité touareg sonne donc comme un démenti cinglant au récit officiel. Le FLA, héritier de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), revendique l’autonomie, voire l’indépendance, des régions septentrionales et entend rétablir une présence territoriale effective. Sa capacité à mener des opérations offensives contre une garnison appuyée par des combattants étrangers traduit une reconfiguration tactique, après des mois de harcèlement à bas bruit le long des axes Gao-Kidal et Tessalit-Aguelhok.

Une convergence inédite avec les katibas djihadistes

L’élément le plus préoccupant pour Bamako tient à la dynamique d’alliance, au moins opérationnelle, entre les rebelles touareg et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM, JNIM en arabe), affilié à Al-Qaïda et dirigé par Iyad Ag Ghaly. Longtemps adversaires sur le terrain idéologique, ces deux ensembles partagent désormais un ennemi commun : l’armée malienne et ses supplétifs russes. Cette convergence démultiplie la pression militaire sur les FAMa, contraintes de défendre simultanément des positions au centre, dans le delta du Niger, et à l’extrême nord saharien.

Le contexte régional ajoute une couche supplémentaire de complexité. Depuis la dissolution officielle de Wagner et la montée en puissance de l’Africa Corps placé sous tutelle plus directe du ministère russe de la Défense, les effectifs russes déployés au Mali ont connu des ajustements. L’embuscade meurtrière de Tinzaouatène, en juillet 2024, qui avait coûté la vie à plusieurs dizaines de combattants russes et de soldats maliens, avait déjà révélé les limites de la projection en zone désertique. La séquence de Kidal s’inscrit dans ce continuum d’attrition.

L’AES sous pression sécuritaire

Au-delà du seul théâtre malien, l’évolution de la situation à Kidal interroge la viabilité du modèle sécuritaire promu par l’Alliance des États du Sahel (AES), qui réunit Bamako, Ouagadougou et Niamey depuis leur rupture avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao). Les trois capitales ont fait du partenariat russe la pierre angulaire de leur architecture militaire, en lieu et place du dispositif Barkhane et des forces européennes Takuba. Un échec prolongé sur Kidal fragiliserait politiquement cette doctrine.

Pour le FLA, la bataille engagée dépasse la dimension territoriale. Il s’agit de redonner corps au projet d’Azawad, durement éprouvé par la reconquête de 2023 et la mort, en tribunaux militaires ou au combat, de plusieurs de ses cadres. Le mouvement cherche aussi à peser sur d’éventuelles négociations futures, dans un paysage où la médiation algérienne, longtemps centrale, a cédé le pas à un face-à-face militaire frontal. La capacité de Bamako à reprendre rapidement l’initiative déterminera la lecture stratégique des prochaines semaines.

Selon Le Monde Afrique, le FLA a affirmé samedi contrôler Kidal après les affrontements, sans que cette revendication ait été à ce stade confirmée de source indépendante.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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