Netanyahou veut ramener l’aide militaire américaine à zéro en dix ans

Confident woman in a black suit delivers a speech at a podium with an American flag backdrop.Photo : RDNE Stock project / Pexels

L’aide militaire américaine à Israël, pilier historique de l’alliance bilatérale depuis la guerre du Kippour, pourrait connaître un infléchissement inédit. Benjamin Netanyahou a affirmé que son gouvernement aspirait à en ramener le montant à zéro dans les dix prochaines années, marquant une volonté de souveraineté budgétaire qui interpelle autant les milieux de défense israéliens que l’establishment de Washington. Le chef du gouvernement a présenté cet objectif comme une étape de maturité économique et industrielle pour l’État hébreu, dont le budget militaire dépend encore significativement des transferts financés par le Congrès américain.

Le mémorandum d’entente actuellement en vigueur entre les deux pays, signé en 2016 sous l’administration Obama, garantit à Israël 38 milliards de dollars d’assistance militaire sur la période 2019-2028, soit 3,8 milliards de dollars par an en moyenne. Cette enveloppe couvre l’achat d’équipements américains, la maintenance de capacités stratégiques et une partie du financement des programmes antimissiles comme Iron Dome et David’s Sling. Y renoncer reviendrait, pour le Trésor israélien, à absorber une charge annuelle équivalente à près d’un cinquième du budget de la défense.

Un signal de souveraineté à double tranchant

Le calcul affiché par Netanyahou s’inscrit dans une rhétorique d’autonomie stratégique. Israël revendique aujourd’hui une base industrielle de défense compétitive à l’export, portée par des groupes comme Elbit Systems, Israel Aerospace Industries ou Rafael, dont les ventes internationales dépassent désormais 13 milliards de dollars annuels selon les chiffres officiels du ministère israélien de la Défense. Pour le Premier ministre, cette montée en puissance industrielle rend envisageable, à terme, un sevrage assumé vis-à-vis du contribuable américain.

Reste que la dépendance ne se mesure pas seulement en dollars. Les chasseurs F-35, les ravitailleurs KC-46, les bombes guidées et les munitions de précision consommées massivement depuis octobre 2023 dans la guerre contre le Hamas proviennent quasi exclusivement de l’industrie américaine. Couper le financement reviendrait soit à payer ces équipements au prix fort en devises, soit à les substituer par des productions nationales ou européennes, opération industrielle longue et coûteuse. Plusieurs analystes israéliens rappellent que l’aide américaine fonctionne aussi comme une garantie politique implicite, un verrou diplomatique que Tel-Aviv hésiterait à céder.

Une lecture politique tournée vers Washington

La déclaration intervient dans un contexte américain mouvant. L’aide à Israël fait l’objet de débats croissants au Congrès, particulièrement au sein de l’aile progressiste démocrate et de fractions isolationnistes du camp républicain proches de Donald Trump. En affichant l’objectif d’un désengagement volontaire, Netanyahou désamorce par anticipation un argument utilisé par les détracteurs du soutien à Israël, tout en flattant le discours « America First » qui prône une réduction des engagements financiers extérieurs de Washington.

Cette posture s’adresse également à l’opinion israélienne, lassée par une guerre qui dure depuis plus de deux ans à Gaza et par les tensions économiques qu’elle génère. Présenter le pays comme capable de subvenir seul à ses besoins militaires nourrit un récit national de résilience, utile à un Premier ministre fragilisé par les enquêtes judiciaires et la contestation interne. La temporalité, étalée sur une décennie, présente l’avantage de fixer un cap symbolique sans engagement opérationnel immédiat.

Onde de choc régionale et lecture moyen-orientale

Dans les capitales arabes, l’annonce sera scrutée avec circonspection. Une Israël financièrement émancipé de Washington pourrait, paradoxalement, se sentir plus libre de ses choix militaires, échappant en partie aux conditionnalités politiques qui accompagnent traditionnellement les programmes d’assistance. À Téhéran, Riyad ou Le Caire, le calcul stratégique devra intégrer la perspective d’un acteur israélien dont l’industrie de défense s’autonomise tout en conservant les acquis technologiques transférés par les États-Unis.

Pour les pays du Golfe engagés dans les accords d’Abraham, la perspective ouvre des espaces de coopération industrielle élargis, notamment dans les drones, la cyberdéfense et les systèmes antimissiles. Elle interroge en revanche les équilibres avec les capitales arabes encore réticentes à toute normalisation. Concrètement, la trajectoire annoncée par Netanyahou ne se concrétisera qu’à la mesure de la volonté politique des successeurs, de la santé budgétaire israélienne et des choix de la prochaine administration américaine. Selon Al Akhbar, le Premier ministre a néanmoins assumé publiquement cette ambition de long terme.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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