Macron au Kenya acte la fin du pré carré français en Afrique

Aerial view of Nairobi's modern skyscrapers and bustling urban landscape under a clear sky.Photo : Ken Mwaura / Pexels

Au Kenya, Emmanuel Macron a tranché : l’ère du pré carré français en Afrique est révolue. Le président français a livré ce message à Nairobi, au deuxième jour d’une tournée continentale destinée à recalibrer la diplomatie hexagonale. La formule, prononcée dans un pays anglophone d’Afrique de l’Est sans passif colonial avec Paris, n’a rien d’anodin. Elle confirme le glissement géographique et politique d’une politique africaine longtemps centrée sur l’ancien domaine francophone.

Un message délivré loin de la sphère francophone traditionnelle

Le choix du Kenya comme tribune n’est pas fortuit. Nairobi s’affirme comme un hub diplomatique, technologique et financier majeur de l’Afrique de l’Est, courtisé par Washington, Pékin, Londres et les capitales du Golfe. En s’adressant depuis ce pôle anglophone, le chef de l’État français cherche à signifier que la diplomatie de Paris déborde désormais le périmètre des anciennes colonies. Le pré carré, expression héritée de la Françafrique et synonyme d’influence exclusive sur une quinzaine d’États francophones, est ainsi explicitement enterré dans le discours présidentiel.

Cette mise en scène intervient dans un contexte de reflux marqué de la présence française au Sahel. Le retrait militaire du Mali, du Burkina Faso et du Niger, suivi du repli depuis le Tchad, a réduit l’empreinte de Paris dans son ancien glacis stratégique. Les autorités issues des transitions militaires y ont fait de la dénonciation de la tutelle française un marqueur politique de premier plan. Pour l’Élysée, il devenait intenable de continuer à parler le langage de la zone d’influence.

Refonder la relation par l’économie et le partenariat

Au-delà du registre symbolique, la visite à Nairobi mobilise une grammaire économique. Les échanges avec le président kényan William Ruto portent sur les infrastructures, la transition énergétique, le climat et la dette des pays en développement, autant de dossiers sur lesquels le Kenya a pris une voix singulière à l’échelle continentale. La France, qui a accueilli le sommet pour un Nouveau Pacte financier mondial en juin 2023, cherche à consolider une coalition d’États africains favorables à la réforme de l’architecture financière internationale.

La méthode promue par Emmanuel Macron repose sur l’idée d’un partenariat horizontal, où Paris se positionne en facilitateur d’investissements plutôt qu’en puissance prescriptrice. Concrètement, il s’agit de mobiliser l’Agence française de développement, Proparco et les grands groupes hexagonaux sur des projets dimensionnés à l’agenda des partenaires africains. Reste à convertir cette ambition en flux financiers tangibles, dans un environnement où la Chine, les Émirats arabes unis et la Turquie ont pris une longueur d’avance sur plusieurs segments stratégiques.

Un discours scruté à Dakar, Abidjan et Yaoundé

La déclaration de Nairobi sera lue avec attention dans les capitales francophones. À Dakar, le nouveau pouvoir issu de l’alternance de mars 2024 a engagé une révision des accords de défense et plaide pour une souveraineté monétaire renforcée. À Abidjan, le départ programmé des derniers militaires français du 43e BIMA acte une page qui se tourne. À Yaoundé, les questions mémorielles autour de la répression coloniale demeurent un sujet sensible. En annonçant la fin du pré carré, le président français entend désamorcer le procès en néocolonialisme qui mine la parole de Paris dans une partie de l’opinion africaine.

La portée concrète de l’annonce dépendra toutefois des actes. La réforme du franc CFA, la restitution des biens culturels, la transparence sur les archives coloniales et le sort des bases militaires résiduelles constituent autant de tests immédiats. Les chancelleries africaines retiendront aussi la capacité de Paris à dialoguer avec des puissances anglophones et lusophones sans céder à la tentation de reconstituer, sous un autre nom, une sphère d’influence privilégiée. Le mot a été prononcé ; il appartient désormais aux administrations française et africaines d’en mesurer la traduction opérationnelle dans les prochains mois.

Selon PressAfrik, le président français a tenu ces propos lors de la deuxième journée de sa tournée africaine, après avoir quitté la matinée le Gabon pour rejoindre Nairobi.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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