La société civile sénégalaise resserre les rangs autour du suivi des Objectifs de développement durable (ODD). Le Conseil des organisations non gouvernementales d’appui au développement (CONGAD) a engagé un cycle de travail destiné à finaliser la contribution citoyenne à la prochaine Revue nationale volontaire (RNV) que Dakar présentera devant le Forum politique de haut niveau des Nations unies. L’exercice vise à confronter le discours officiel sur les ODD au Sénégal à la lecture qu’en font les acteurs non étatiques, dans un contexte de transition politique et de redéfinition des priorités budgétaires.
Une contribution structurée de la société civile aux ODD
Le CONGAD, qui fédère un réseau dense d’ONG nationales et internationales actives au Sénégal, anime depuis plusieurs années un dispositif de suivi parallèle de l’Agenda 2030. La démarche repose sur la collecte de données de terrain, l’analyse des politiques publiques sectorielles et la consolidation d’un rapport alternatif. Ce document, distinct de celui produit par les autorités, sera versé au processus de Revue nationale volontaire, mécanisme par lequel chaque État rend compte de ses avancées sur les dix-sept objectifs adoptés en 2015.
Les organisations impliquées entendent affiner une grille de lecture qui dépasse le simple inventaire statistique. Pauvreté, sécurité alimentaire, accès à l’eau, éducation, égalité de genre, justice climatique : autant de chantiers où les indicateurs officiels masquent souvent des inégalités territoriales fortes. Pour le CONGAD, l’enjeu consiste à documenter les écarts entre les engagements pris à New York et la réalité vécue dans les régions de Matam, Kédougou ou Ziguinchor, où les services de base demeurent fragiles.
La Revue nationale volontaire, exercice diplomatique et politique
La RNV n’est pas une formalité technique. Elle constitue, pour les capitales africaines, une vitrine diplomatique scrutée par les bailleurs, les agences onusiennes et les investisseurs sensibles aux critères extra-financiers. Le Sénégal, qui s’est déjà soumis à l’exercice à plusieurs reprises depuis 2018, s’apprête à présenter une nouvelle édition dans un cadre politique inédit. L’arrivée au pouvoir du tandem Diomaye Faye–Ousmane Sonko en 2024 a entraîné une révision en profondeur du référentiel de planification, l’ancien Plan Sénégal émergent cédant la place à l’Agenda national de transformation à l’horizon 2050.
Cette recomposition des priorités publiques rend d’autant plus sensible la voix de la société civile. Les ONG sénégalaises plaident pour que la RNV ne se limite pas à un récit gouvernemental lissé, mais intègre les diagnostics produits par les communautés, les syndicats, les organisations féminines et les mouvements de jeunesse. La crédibilité internationale du rapport dépend largement de cette pluralité de regards, exigée par la méthodologie onusienne elle-même.
Financement, données et redevabilité
Au cœur des préoccupations exprimées par le CONGAD figure la question du financement des ODD. Le Sénégal, comme la majorité des pays d’Afrique de l’Ouest, peine à mobiliser les ressources domestiques nécessaires pour atteindre les cibles fixées à l’horizon 2030. Le service de la dette, qui absorbe une part croissante des recettes budgétaires, comprime les marges de manœuvre allouées à la santé, à l’éducation ou à l’adaptation climatique. Les organisations non gouvernementales réclament une plus grande transparence sur la traçabilité des dépenses sociales et sur l’allocation effective des financements extérieurs.
La problématique des données statistiques constitue un second axe de travail. De nombreux indicateurs des ODD restent mal couverts par l’appareil statistique national, faute de moyens ou d’enquêtes récentes. Le rapport alternatif entend pointer ces angles morts, qu’il s’agisse de la mesure des violences fondées sur le genre, du travail informel ou de l’accès à la justice. Sans données fiables, la redevabilité demeure largement déclarative.
Reste que le calendrier est serré. Le document devra être consolidé à temps pour s’articuler avec la version gouvernementale et alimenter les débats à New York. Pour le CONGAD, ce travail de plaidoyer s’inscrit dans une stratégie plus large : faire de la société civile sénégalaise un interlocuteur incontournable des arbitrages publics, à la fois sur la scène nationale et dans les enceintes multilatérales. Selon PressAfrik.
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