À Kédougou, capitale aurifère du Sénégal, la société Afrigold alerte sur l’occupation illégale de son site minier par des orpailleurs en provenance de pays voisins. Selon la direction de l’entreprise, plusieurs centaines d’individus se seraient installés sur le périmètre couvert par son permis, exploitant le sous-sol sans autorisation et au mépris du cadre légal régissant l’industrie extractive sénégalaise. Cette incursion, loin d’être marginale, met en lumière la fragilité du contrôle territorial dans une région où l’or attire des flux humains transfrontaliers de plus en plus nourris.
Une pression croissante sur le permis aurifère d’Afrigold
Le site visé se trouve dans la région de Kédougou, à la frontière avec le Mali et la Guinée, un triangle aurifère où se concentre l’essentiel de la production nationale. Afrigold détient un titre minier régulièrement délivré par l’État du Sénégal, ce qui lui confère l’exclusivité d’exploitation sur une superficie définie. La direction soutient que les orpailleurs clandestins, principalement étrangers, ont investi la zone avec un matériel artisanal mais opèrent désormais à une échelle quasi industrielle. Concassage, tamisage et utilisation de produits chimiques se déroulent sans aucun contrôle environnemental ni sanitaire.
L’entreprise affirme avoir saisi à plusieurs reprises les autorités administratives et sécuritaires locales. Elle déplore une réponse jugée insuffisante face à l’ampleur du phénomène. Au-delà du préjudice économique immédiat, la société redoute l’épuisement progressif des gisements situés sur son périmètre, des ressources qui devraient logiquement alimenter une exploitation déclarée, fiscalisée et créatrice d’emplois formels.
Kédougou, épicentre d’une orpaillage illégale transfrontalier
La problématique soulevée par Afrigold dépasse le cas d’une seule entreprise. Kédougou concentre depuis plus d’une décennie la quasi-totalité des sites d’orpaillage artisanal du pays, légaux comme informels. La porosité des frontières avec le Mali et la Guinée alimente un afflux constant de chercheurs d’or venus de la sous-région, parfois accompagnés de réseaux structurés qui financent les équipements et organisent la commercialisation du métal jaune en dehors des circuits officiels.
Les autorités sénégalaises ont engagé ces dernières années plusieurs opérations de déguerpissement, sans parvenir à endiguer durablement le phénomène. Les sites évacués se reconstituent généralement quelques semaines plus tard, parfois sur les périmètres concédés à des opérateurs industriels. La cohabitation entre exploitation artisanale traditionnelle, encadrée par des couloirs prévus à cet effet, et orpaillage clandestin reste mal arbitrée sur le terrain.
Un enjeu de souveraineté minière pour Dakar
Le dossier soulevé par Afrigold revêt une dimension stratégique pour l’État sénégalais. Le secteur extractif, dopé par l’or de Kédougou et désormais par les hydrocarbures offshore, constitue un pilier des recettes budgétaires. Toute exploitation hors-cadre représente une perte fiscale directe et un manque à gagner en devises, alors que les exportations d’or se sont imposées comme l’un des premiers postes commerciaux du pays.
L’orpaillage illégal pose en outre des questions environnementales aiguës. L’usage du mercure et du cyanure dans les bassins versants de la Falémé et de la Gambie inquiète les autorités sanitaires comme les organisations de défense de l’environnement. Les autorités du nouveau pouvoir issu de l’élection de mars 2024 ont placé la souveraineté sur les ressources naturelles au cœur de leur discours, ce qui rend politiquement sensible toute incapacité à faire respecter les titres miniers régulièrement délivrés.
Reste la question des moyens. Le déploiement permanent des forces de défense et de sécurité dans une zone enclavée, accidentée et largement boisée mobilise des ressources considérables. Les opérateurs miniers comme Afrigold plaident pour une approche combinant présence sécuritaire renforcée, coopération avec les pays voisins et formalisation accélérée des orpailleurs disposant d’un ancrage local. Sans cette articulation, le risque d’une économie parallèle durablement installée sur les concessions industrielles demeure élevé. Selon PressAfrik.
Pour aller plus loin
La RDC crée une Garde minière de 20 000 hommes pour ses sites stratégiques · Fer de Baniaka : GENMIN aborde la phase décisive au Gabon · Madagascar relance Vara Mada, mégaprojet minier porté par Energy Fuels

Be the first to comment on "Kédougou : Afrigold dénonce l’occupation illégale de son permis minier"