Dans l’affaire dite des 125 milliards de FCFA qui secoue la classe politique sénégalaise, la défense de Mouhamadou Ngom, dit Farba Ngom, durcit le ton. Son avocat, Me Baboucar Cissé, affirme travailler à l’obtention d’un non-lieu pur et simple ainsi qu’à la restitution intégrale des biens saisis à son client. La déclaration intervient alors que le député, ancien proche de l’ex-président Macky Sall, est placé sous mandat de dépôt depuis plusieurs mois dans le cadre d’une instruction pour blanchiment de capitaux portant sur des flux financiers présumés illicites.
Une procédure judiciaire à fort enjeu politique
Le dossier porte sur des transactions évaluées à 125 milliards de FCFA, soit environ 190 millions d’euros, signalées par la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF). L’organisme de renseignement financier sénégalais a transmis au parquet financier des éléments mettant en cause plusieurs personnalités, dont Farba Ngom, élu de Matam et figure influente de l’ancienne majorité présidentielle. La levée de son immunité parlementaire, prononcée par l’Assemblée nationale, a ouvert la voie à des poursuites pour des faits qualifiés de blanchiment, association de malfaiteurs et complicité.
Pour Me Baboucar Cissé, la procédure repose sur des fondements fragiles. L’avocat estime que les éléments versés au dossier ne suffisent pas à caractériser les infractions reprochées et plaide pour un classement à l’issue de l’instruction. La défense conteste également la légalité des saisies opérées sur le patrimoine du parlementaire, qu’elle entend faire annuler. Cette ligne s’inscrit dans une stratégie de remise en cause de la chaîne probatoire mobilisée par les magistrats du pôle judiciaire financier de Dakar.
La stratégie de la défense face au pôle financier
Le conseil de Farba Ngom mise sur la distinction entre flux suspects et infractions caractérisées. Selon Me Cissé, l’origine des fonds litigieux peut être justifiée par des activités économiques licites, ce qui priverait l’accusation de blanchiment de son substrat matériel. La défense entend produire des éléments comptables et bancaires pour appuyer cette thèse devant le juge d’instruction. La restitution des biens saisis, qui inclurait des comptes bancaires, des immeubles et des participations dans plusieurs sociétés, constitue le second volet de l’offensive juridique.
Le calendrier procédural reste toutefois incertain. Les recours déposés par les avocats, qu’il s’agisse de demandes de mise en liberté provisoire ou de contestations des actes d’instruction, ont jusqu’ici été rejetés par la chambre d’accusation. Les confirmations successives du mandat de dépôt traduisent la fermeté des magistrats face aux demandes répétées de la défense. Cette résistance institutionnelle complique la voie vers le non-lieu revendiqué par Me Cissé.
Un dossier symbolique pour la lutte anticorruption
Au-delà du sort personnel du député de Matam, l’affaire revêt une portée politique considérable. Depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko en avril 2024, l’exécutif a fait de la reddition des comptes une priorité affichée. Plusieurs cadres de l’ancien régime de l’Alliance pour la République (APR) font l’objet de procédures pour des faits de gestion présumée frauduleuse de deniers publics. Le dossier Farba Ngom est perçu, à Dakar comme à l’étranger, comme un baromètre de la crédibilité de cette politique de transparence.
La défense joue donc sur deux registres. Sur le plan strictement juridique, elle tente de désamorcer les charges en attaquant la qualité des preuves. Sur le plan politique, elle insiste sur le risque d’une instrumentalisation des juridictions financières contre les opposants au régime actuel. Cette double argumentation alimente un débat plus large sur la frontière entre traitement judiciaire de la corruption et règlement de comptes politiques, sujet récurrent dans les transitions africaines récentes.
Reste que la décision finale appartiendra au juge d’instruction puis, le cas échéant, à la chambre d’accusation, qui devront se prononcer sur la suite à donner aux investigations. Une éventuelle ordonnance de non-lieu constituerait un revers majeur pour le parquet financier et pour le discours officiel sur la lutte contre les détournements. À l’inverse, un renvoi devant la Cour de répression de l’enrichissement illicite ou un tribunal correctionnel ouvrirait l’un des procès financiers les plus retentissants de l’histoire judiciaire du pays. Selon PressAfrik, Me Baboucar Cissé maintient sa ligne et se dit confiant dans l’issue de la procédure.
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