Le général Assimi Goïta, président de la transition au Mali, a pris les rênes du ministère de la Défense après la disparition de son titulaire, le colonel Sadio Camara. Le chef de l’État malien hérite d’un portefeuille hautement stratégique, au moment où Bamako poursuit une refonte profonde de son outil sécuritaire et de ses alliances extérieures. Cette décision, annoncée par les autorités de transition, traduit la volonté du pouvoir militaire de garantir la continuité d’un dispositif jugé central dans la lutte contre les groupes armés actifs dans le centre et le nord du pays.
Une succession qui resserre le noyau de la junte malienne
Sadio Camara figurait parmi les officiers les plus influents du tour de table issu du double coup d’État de 2020 et 2021. Architecte du rapprochement militaire avec Moscou, il avait orchestré l’arrivée des instructeurs russes après le départ forcé de la force française Barkhane et de la mission onusienne Minusma. Sa disparition prive le pouvoir d’un négociateur aguerri, rompu aux dossiers d’armement et aux relations avec les partenaires extérieurs. En reprenant directement la Défense, Assimi Goïta évite la délégation du portefeuille à une figure secondaire et concentre entre ses mains les leviers politiques et opérationnels.
Le geste n’est pas inédit dans la trajectoire du chef de la transition. Officier des forces spéciales formé au commandement, il avait déjà occupé des responsabilités sécuritaires de premier plan avant son accession au sommet de l’État. La reprise du ministère lui confère un contrôle inédit sur la chaîne hiérarchique des Forces armées maliennes (FAMa), à un moment où l’institution militaire engage des opérations d’envergure dans plusieurs régions exposées aux incursions jihadistes et aux poussées séparatistes.
Un signal envoyé aux partenaires russes et à l’AES
La transition malienne s’inscrit désormais dans le cadre de la Confédération des États du Sahel (AES), structure réunissant Bamako, Ouagadougou et Niamey, trois capitales dirigées par des juntes issues de putschs. Cette architecture politique repose largement sur une mutualisation des moyens militaires et sur une diplomatie commune tournée vers Moscou. Le décès de Sadio Camara intervient alors que les trois pays cherchent à consolider une force conjointe pour répondre aux attaques de la katiba Macina et des affiliés de l’État islamique au Sahel.
En reprenant le portefeuille, Assimi Goïta adresse un message de stabilité aux interlocuteurs russes, notamment à l’Africa Corps qui a succédé au groupe Wagner sur le terrain malien. La continuité du dialogue stratégique avec le Kremlin constitue une priorité affichée des autorités de Bamako, qui ont multiplié ces derniers mois les contrats d’équipement, l’acquisition de matériels aériens et la formation d’unités spécialisées. Le maintien d’une voix unique côté malien limite le risque de flottement dans l’exécution de ces engagements.
Un pouvoir militaire sous pression sécuritaire et économique
La concentration des pouvoirs intervient dans un contexte particulièrement tendu. Le nord du Mali demeure secoué par les offensives du Cadre stratégique permanent, coalition à dominante touarègue, tandis que les groupes affiliés à Al-Qaïda intensifient les blocus contre les centres urbains, y compris autour de Bamako. Plusieurs villes ont connu des pénuries de carburant ces dernières semaines, témoignant de la pression que ces formations font peser sur les corridors logistiques. Le calendrier de la transition, déjà repoussé à plusieurs reprises, reste suspendu à la capacité du régime à reprendre l’initiative sur le terrain.
Sur le plan économique, le secteur minier, principal pourvoyeur de devises, demeure fragilisé par les différends entre l’État et les compagnies internationales, et par les attaques visant les axes routiers. La maîtrise du portefeuille de la Défense par le chef de l’État pourrait permettre des arbitrages plus rapides en matière de protection des sites stratégiques, qu’il s’agisse des mines d’or, des infrastructures énergétiques ou des grands axes commerciaux reliant le pays à ses voisins. Reste que cette centralisation accroît mécaniquement la responsabilité personnelle du général Goïta sur l’évolution de la situation sécuritaire.
Aucune date n’a été communiquée pour la nomination éventuelle d’un nouveau ministre de plein exercice. Selon Seneweb, le chef de la transition entend assurer lui-même la conduite du département dans l’immédiat.
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