RDC : les entreprises publiques ont creusé 5,3 milliards de pertes

Mining entrance with tunnel BV22, rail cars, and workers in safety gear at Trinity site.Photo : Safi Erneste / Pexels

Le constat est cinglant. Dans un rapport sur la situation économique de la République démocratique du Congo (RDC), la Banque mondiale chiffre à 5,3 milliards de dollars les pertes cumulées des entreprises publiques congolaises au cours des dix dernières années. L’institution de Bretton Woods, dont le document a été consulté en exclusivité par une rédaction française, considère désormais ce portefeuille comme un véritable fardeau pour l’économie nationale, alors que Kinshasa cherche à élargir son espace budgétaire et à attirer les capitaux étrangers.

Un secteur minier public sous le feu des critiques

Le rapport s’attarde particulièrement sur les sociétés minières détenues par l’État, dans un pays où le sous-sol reste le principal moteur de la croissance et la première source de devises. La RDC est le premier producteur mondial de cobalt et figure parmi les principaux fournisseurs de cuivre de la planète. Pourtant, la rente extractive ne se traduit pas dans les comptes des entreprises publiques du secteur, qui continuent d’accumuler des contre-performances malgré la hausse historique des cours observée ces dernières années.

Cette équation paradoxale alimente depuis longtemps le débat à Kinshasa. Les mines demeurent l’épine dorsale des exportations congolaises, mais la valeur captée par l’État via ses participations apparaît dérisoire au regard des volumes extraits. La Banque mondiale pointe une gouvernance défaillante, des montages opaques et une rentabilité durablement érodée, autant de facteurs qui amputent les recettes publiques et limitent les marges de manœuvre du Trésor.

SNEL et REGIDESO, deux symboles de la défaillance

Au-delà des mines, l’institution multilatérale s’arrête sur deux acteurs emblématiques des services publics de base. La Société nationale d’électricité (SNEL) et la Régie de distribution d’eau (REGIDESO) cristallisent les fragilités structurelles du portefeuille de l’État actionnaire. Ces deux entreprises, en situation de quasi-monopole, peinent à couvrir un territoire vaste comme l’Europe occidentale et accusent un retard d’investissement chronique dans leurs infrastructures.

Le taux d’accès à l’électricité en RDC reste l’un des plus faibles du continent, et l’approvisionnement en eau potable demeure aléatoire dans la plupart des grandes villes, à commencer par Kinshasa. Les difficultés financières de la SNEL et de la REGIDESO se traduisent par des coupures à répétition, des pertes techniques et commerciales considérables, et une incapacité à financer l’entretien d’un parc industriel vieillissant. Le rapport souligne que cette situation grève la compétitivité de l’ensemble de l’économie, en particulier celle des industries grandes consommatrices d’énergie comme les fonderies du Katanga.

Une réforme du portefeuille devenue urgente

Pour la Banque mondiale, le coût d’opportunité est désormais trop lourd pour être ignoré. Les transferts publics destinés à éponger les déficits récurrents, qu’ils prennent la forme de subventions, de garanties ou d’arriérés tolérés, se font au détriment des dépenses sociales et d’investissement. À titre de comparaison, 5,3 milliards de dollars représentent une fraction substantielle du budget annuel de l’État congolais, dont les recettes peinent à dépasser les 15 milliards.

L’institution plaide implicitement pour un toilettage en profondeur du portefeuille, mêlant restructuration financière, ouverture du capital, partenariats stratégiques et clarification du mandat de service public. Cette feuille de route rejoint les attentes de plusieurs bailleurs et investisseurs, qui conditionnent leur appui à des progrès tangibles en matière de transparence et de gouvernance d’entreprise. Le gouvernement de Kinshasa, qui négocie régulièrement avec le Fonds monétaire international, ne pourra esquiver durablement le débat.

Reste que la réforme des entreprises publiques touche à des équilibres politiques sensibles, notamment dans les bassins miniers du Lualaba et du Haut-Katanga, où les sociétés d’État jouent un rôle social et clientéliste majeur. La capacité de l’exécutif à articuler discipline budgétaire et stabilité sociale conditionnera la trajectoire économique du pays sur la prochaine décennie. Selon RFI Afrique, le rapport doit nourrir les prochaines discussions entre Kinshasa et ses partenaires financiers internationaux.

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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