Le président de la République libanaise Joseph Aoun a passé un appel téléphonique au président des Émirats arabes unis (EAU), cheikh Mohammed ben Zayed Al Nahyane, afin de lui transmettre un message de solidarité au nom de l’État libanais et de sa population. Selon le contenu rapporté de l’entretien, le chef de l’État libanais a tenu à marquer la proximité de Beyrouth avec Abou Dabi dans ce qu’il a qualifié de circonstances délicates traversées par la fédération du Golfe. Cet appel, le premier de cette nature depuis la prise de fonction du chef de l’État, intervient alors que Beyrouth cherche à reconstituer ses canaux diplomatiques avec les capitales du Golfe.
Un geste diplomatique à forte charge symbolique
L’initiative présidentielle libanaise s’inscrit dans une séquence où Beyrouth multiplie les signaux à destination des monarchies du Golfe. Depuis plusieurs années, la relation entre le Liban et les Émirats avait été affectée par les tensions politiques internes libanaises, par la posture du Hezbollah et par les répercussions régionales du conflit syrien. La reprise d’un dialogue direct au plus haut niveau entre Joseph Aoun et Mohammed ben Zayed traduit une volonté assumée d’ouvrir une nouvelle page.
L’entretien aurait permis aux deux dirigeants d’évoquer l’état des relations bilatérales et les perspectives de coopération. Pour le chef de l’État libanais, exprimer la solidarité du pays du Cèdre dans un moment où Abou Dabi gère plusieurs dossiers sensibles équivaut à un investissement diplomatique. Le message de soutien, dans la grammaire des relations arabes, vaut reconnaissance du rôle régional des Émirats et engagement à inscrire Beyrouth dans une dynamique de réconciliation avec les capitales du Conseil de coopération du Golfe (CCG).
Reconstruire un partenariat économique stratégique
Au-delà du symbole, l’enjeu est concret. Les Émirats arabes unis figurent parmi les principaux partenaires commerciaux et financiers du Liban dans le monde arabe. Ils accueillent une diaspora libanaise nombreuse, dont les transferts contribuent significativement au soutien de l’économie nationale, asphyxiée depuis l’effondrement bancaire de 2019. Le rétablissement d’un climat de confiance avec Abou Dabi conditionne en partie le retour des investisseurs émiratis dans les secteurs de l’immobilier, du tourisme et des services financiers libanais.
La fédération du Golfe avait, ces dernières années, restreint les déplacements de ses ressortissants vers le Liban et adopté une posture distante. Toute normalisation porterait des effets immédiats sur le secteur touristique libanais, traditionnellement dépendant de la clientèle du Golfe pendant la saison estivale. Joseph Aoun, en réactivant le canal présidentiel, cherche manifestement à lever ces réserves et à offrir aux opérateurs économiques libanais une perspective de réouverture.
Un repositionnement régional sous contrainte
L’échange s’inscrit également dans une recomposition régionale plus large. Les Émirats arabes unis ont consolidé leur statut de puissance diplomatique et économique pivot, à la croisée des dossiers libyen, soudanais, yéménite et palestinien. Pour Beyrouth, qui sort d’une longue vacance institutionnelle et compose avec la fragilité d’un cessez-le-feu au Liban-Sud, le soutien des capitales du Golfe constitue un levier indispensable, tant sur le plan financier que politique.
La présidence libanaise mise sur la relance d’une diplomatie d’équilibre, qui repositionne le pays dans le giron arabe sans rompre avec ses autres partenaires. Cette stratégie suppose toutefois des gages tangibles, notamment en matière de gouvernance, de réformes économiques et de contrôle des flux transfrontaliers. Les bailleurs du Golfe, échaudés par les engagements non tenus du passé, conditionnent désormais leur retour à des avancées vérifiables.
La conversation entre Joseph Aoun et Mohammed ben Zayde, brève dans sa forme, ouvre ainsi un dossier que la diplomatie libanaise devra alimenter dans la durée. Reste à savoir si ce premier geste sera suivi de visites officielles et d’accords sectoriels susceptibles d’ancrer la réconciliation entre Beyrouth et Abou Dabi. Selon Al Akhbar.
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