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La nouvelle carte du monde que le Togo s’apprête à défendre aux Nations unies n’est pas qu’une affaire de géographes. Lomé a reçu mandat de l’Union africaine (UA) pour porter, lors de la prochaine Assemblée générale de septembre, une résolution destinée à réformer la représentation cartographique officielle de la planète. L’objectif consiste à substituer aux projections déformantes un modèle restituant les proportions réelles des continents, et singulièrement celles de l’Afrique, aujourd’hui massivement sous-représentée.
Mercator, une projection du XVIᵉ siècle contestée
La projection de Mercator, conçue en 1569 par le cartographe flamand Gerardus Mercator, demeure la matrice dominante des cartes murales, des manuels scolaires et des interfaces numériques. Pensée pour la navigation maritime, elle conserve les angles mais distord gravement les surfaces à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur. Résultat : le Groenland y paraît comparable à l’Afrique, alors que le continent africain couvre près de quatorze fois sa superficie. La Russie, le Canada ou l’Europe du Nord bénéficient d’un agrandissement visuel qui ne reflète aucune réalité géographique.
Depuis plusieurs années, des collectifs de la société civile, des historiens et des pédagogues contestent cette convention. Selon les partisans de la réforme, l’Afrique apparaît, sur la projection Mercator, près de dix fois plus petite que sa surface effective, évaluée à environ trente millions de kilomètres carrés. Cet écart n’est pas neutre : il nourrit, consciemment ou non, une hiérarchisation visuelle des espaces et des peuples héritée de la période coloniale.
Un mandat diplomatique confié à Lomé
C’est dans ce contexte que l’Union africaine a choisi le Togo pour porter le dossier sur la scène onusienne. La diplomatie togolaise devra convaincre les États membres d’adopter une projection de substitution plus fidèle, possiblement inspirée de modèles déjà identifiés par la communauté scientifique, tels que la projection de Gall-Peters, la projection Equal Earth ou celle d’Arno Peters, toutes conçues pour préserver les superficies.
Le choix de Lomé n’est pas anodin. Petit État d’Afrique de l’Ouest, le Togo s’est illustré ces dernières années par une activité diplomatique soutenue, notamment dans les dossiers de médiation régionale et de réforme multilatérale. Sa taille modeste en fait paradoxalement un porte-voix acceptable pour une cause qui ne saurait être taxée d’hégémonisme. La démarche s’inscrit dans la continuité des efforts africains pour obtenir une réforme du Conseil de sécurité et une meilleure représentation au sein des institutions financières internationales.
Une bataille symbolique aux implications concrètes
Derrière la question cartographique se joue un enjeu de souveraineté narrative. Les cartes façonnent les perceptions économiques, les priorités d’investissement et les représentations géopolitiques. Un continent réduit visuellement est un continent mentalement minoré dans les salles de classe, les conseils d’administration et les chancelleries. Plusieurs institutions et plateformes numériques ont d’ailleurs commencé, ces dernières années, à proposer des projections alternatives par défaut, signe que le débat technique a désormais dépassé le cercle des spécialistes.
Concrètement, une résolution adoptée par l’Assemblée générale n’aurait pas force contraignante sur les éditeurs privés ni sur les géants du numérique. Elle fixerait néanmoins une norme de référence pour les documents onusiens, les organisations régionales et, par capillarité, les administrations nationales. Les ministères de l’Éducation africains pourraient s’en saisir pour réviser leurs manuels, à l’image de ce que certains États fédérés américains ont déjà entrepris.
Reste à mesurer l’accueil que réserveront les grandes puissances à une initiative qui, si elle paraît consensuelle sur le papier, bouscule des habitudes visuelles séculaires. Les travaux préparatoires s’annoncent denses d’ici septembre, avec un lobbying diplomatique à déployer auprès des cinq groupes régionaux onusiens. Le Togo devra notamment s’assurer du soutien plein du groupe africain, fort de cinquante-quatre voix, et de celui des pays du Sud global. Selon RFI Afrique, la résolution sera bien inscrite à l’ordre du jour de la prochaine Assemblée générale.
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