L’arrestation de Bilie-By-Nze tend la visite d’Oligui à Brazzaville

A stunning view of the Presidential Palace in Hanoi surrounded by lush garden greenery.Photo : 라스 해 / Pexels

L’arrestation d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, intervenue le jour même où Brice Oligui Nguema atterrissait à Brazzaville, a jeté un froid sur la rencontre entre le président gabonais et son homologue congolais Denis Sassou-Nguesso. Venu assister à la cérémonie d’investiture du doyen des chefs d’État d’Afrique centrale, le dirigeant de la transition gabonaise s’est retrouvé dans une position inconfortable, au moment où l’actualité judiciaire à Libreville remettait en lumière les fractures politiques héritées du basculement d’août 2023.

Une concomitance qui pèse sur le protocole

Le calendrier n’a laissé aucune marge de manœuvre aux deux capitales. Pendant qu’Oligui Nguema foulait le tarmac de Maya-Maya, les services gabonais procédaient à l’interpellation de l’ancien chef du gouvernement d’Ali Bongo Ondimba, également candidat malheureux à la dernière présidentielle. Le signal a été reçu à Brazzaville comme un geste politique difficile à ignorer, d’autant que Bilie-By-Nze entretient des liens anciens avec une partie de l’establishment congolais.

Sassou-Nguesso, qui a longtemps cultivé une relation personnelle avec la famille Bongo, observe depuis deux ans la recomposition gabonaise avec une prudence teintée de réserve. Le pouvoir militaire installé à Libreville, s’il a été reçu sans éclat aux grands rendez-vous régionaux, reste perçu à Brazzaville comme un voisin dont il faut suivre les mouvements sans afficher de proximité excessive. L’accueil protocolaire a donc été impeccable sur la forme, mais distant sur le fond, selon les éléments rapportés par la presse spécialisée.

Deux trajectoires politiques difficilement conciliables

Tout sépare, à ce stade, les deux hommes. D’un côté, un président de 82 ans, au pouvoir par intermittence depuis 1979, qui vient d’entamer un nouveau septennat après une réélection contestée par l’opposition. De l’autre, un général de 50 ans, porté à la tête du Gabon par un coup de force, puis légitimé par les urnes en avril 2025, et qui construit pas à pas un pouvoir civil à forte coloration militaire. Les deux régimes se côtoient dans la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) sans partager ni la même culture politique, ni les mêmes réseaux extérieurs.

À cette asymétrie s’ajoute un différend plus ancien sur le traitement des opposants gabonais réfugiés ou transitant par le Congo. Brazzaville a historiquement servi de point de passage pour plusieurs figures de l’ancien régime de Libreville, ce qui a nourri à intervalles réguliers des crispations entre les deux rives. L’arrestation de Bilie-By-Nze, officiellement motivée par des soupçons financiers liés à sa gestion gouvernementale, réactive mécaniquement ce dossier sensible.

Une diplomatie régionale sous tension

Pour Oligui Nguema, le déplacement à Brazzaville avait une double utilité. Il s’agissait d’abord de normaliser la présence gabonaise dans les cérémonies régionales, après une phase où la transition militaire avait été tenue à distance par plusieurs partenaires. Il s’agissait aussi de mesurer la disponibilité du doyen congolais pour jouer un rôle de facilitation sur les dossiers en suspens, qu’il s’agisse de la frontière maritime, de la coopération pétrolière ou de la fluidité transfrontalière dans le bassin du Congo.

Le tête-à-tête, décrit comme bref et formel, n’aura pas permis de lever les ambiguïtés. Sassou-Nguesso s’est montré courtois mais avare d’engagements publics, tandis que la délégation gabonaise a évité tout commentaire sur le dossier judiciaire en cours à Libreville. Derrière les sourires de circonstance, les observateurs relèvent une méfiance qui dépasse le seul épisode Bilie-By-Nze et renvoie à une lecture divergente des équilibres sous-régionaux.

Reste à savoir comment Libreville gérera, dans les prochaines semaines, la judiciarisation du dossier de l’ancien Premier ministre sans fragiliser ses relations avec ses voisins les plus influents. La CEEAC, que préside actuellement la Guinée équatoriale, surveille de près la séquence, consciente que la stabilité du tandem Gabon-Congo conditionne une large part de l’agenda diplomatique régional. Selon Gabon Review, l’épisode illustre surtout la confrontation froide et sans détour entre deux voisins qui ne se font pas vraiment confiance.

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