Sénégal et Mauritanie signent à Nouakchott des accords environnementaux

Colorful Senegalese flag and nautical ropes on a boat deck, perfect for travel themes.Photo : Papa birame Faye / Pexels

Dakar et Nouakchott franchissent un nouveau cap dans leur relation bilatérale. Les autorités du Sénégal et de la Mauritanie ont signé dans la capitale mauritanienne plusieurs accords visant à structurer leur partenariat environnemental, sur fond de défis communs liés à la dégradation des sols, à la préservation de la biodiversité et à la gestion concertée des ressources transfrontalières. La rencontre a réuni les délégations des deux pays autour d’engagements concrets touchant à la protection de la nature, à la lutte contre la désertification et à la coopération scientifique.

Un partenariat environnemental élargi entre Dakar et Nouakchott

Les textes paraphés couvrent un spectre large d’enjeux. Ils portent notamment sur la gestion durable des écosystèmes communs, la surveillance des aires protégées et la mutualisation des moyens techniques pour faire face aux risques écologiques. Les deux États partagent une frontière naturelle structurée par le fleuve Sénégal, ainsi qu’un littoral atlantique exposé à l’érosion côtière et à la pression sur les ressources halieutiques. Cette proximité géographique impose, de longue date, une coordination étroite des politiques publiques en matière d’environnement.

Dans le détail, les accords prévoient un renforcement des échanges entre administrations, la conduite de programmes conjoints de reboisement et un appui réciproque en matière de formation des agents. La question de la lutte contre les feux de brousse, fréquents dans la zone sahélienne, figure parmi les axes de travail identifiés. Les autorités entendent également harmoniser leurs dispositifs de suivi des espèces migratrices, en particulier la faune aviaire qui transite par le Parc national du Diawling, côté mauritanien, et le Parc national des oiseaux du Djoudj, côté sénégalais. Ces deux sanctuaires, classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, constituent un corridor écologique stratégique pour le bassin du fleuve Sénégal.

La diplomatie verte au service d’une frontière commune

La signature de ces accords s’inscrit dans une séquence diplomatique plus large entre les deux capitales. Depuis plusieurs années, Dakar et Nouakchott multiplient les rendez-vous bilatéraux pour traiter des dossiers sensibles, qu’il s’agisse de la circulation des personnes, de la pêche artisanale ou de l’exploitation conjointe du gisement gazier de Grand Tortue Ahmeyim. La dimension environnementale, longtemps reléguée au second plan, monte en puissance dans l’agenda commun. Elle apparaît désormais comme une condition de soutenabilité pour les autres pans du partenariat, notamment les hydrocarbures offshore, dont l’exploitation appelle des standards écologiques rigoureux.

Pour les deux pays, l’enjeu est aussi de capter davantage de financements climatiques internationaux. Les bailleurs multilatéraux et les fonds verts privilégient les projets transfrontaliers, jugés plus structurants. En consolidant leur cadre de coopération, le Sénégal et la Mauritanie se positionnent pour mobiliser des appuis ciblés sur la restauration des mangroves, la protection des zones humides et la résilience des communautés côtières. La Grande Muraille verte, initiative panafricaine à laquelle les deux États participent activement, offre par ailleurs un cadre de référence pour articuler ces engagements bilatéraux à une dynamique régionale.

Des défis communs face au changement climatique

La pression climatique sur la sous-région est documentée. Avancée du désert, salinisation des terres agricoles, recul du trait de côte et raréfaction de la ressource en eau forment un faisceau de menaces qui ne connaissent pas de frontières administratives. Les deux gouvernements en tirent les conséquences en privilégiant une approche concertée, plutôt que des politiques juxtaposées et parfois contradictoires. Reste à transformer ces engagements en actions opérationnelles, dotées de calendriers précis et de financements identifiés.

L’efficacité du dispositif dépendra largement de la capacité des administrations à coordonner leurs services déconcentrés, dans une zone où les communautés rurales vivent au rythme du fleuve et de ses crues. Les organisations communautaires, déjà actives dans la gestion des terroirs frontaliers, devront être associées à la mise en œuvre. La Société de mise en valeur du delta du fleuve Sénégal et l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) apparaissent comme des relais naturels pour décliner ces accords sur le terrain.

Selon PressAfrik, ces accords marquent une étape supplémentaire dans la consolidation des relations bilatérales entre les deux voisins ouest-africains.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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