Gabon : Perenco lancera l’export de GNL depuis Cap Lopez en 2028

Aerial shot of a gas terminal featuring LNG storage tanks and tanker ships in turquoise waters.Photo : Diego F. Parra / Pexels

Le Gabon ambitionne de rejoindre le club restreint des exportateurs africains de gaz naturel liquéfié (GNL) dès 2028. Le pays, jusqu’ici dépendant de la rente pétrolière, prépare l’aménagement d’une chaîne de liquéfaction adossée au terminal de Cap Lopez, plateforme historique de chargement d’hydrocarbures située dans la banlieue de Port-Gentil. L’opération est intégralement portée par Perenco, opérateur franco-britannique devenu au fil des années le premier producteur d’or noir du bassin gabonais.

Pour Libreville, l’enjeu dépasse la simple addition d’une nouvelle filière d’exportation. Il s’agit de capter la valeur d’un gaz aujourd’hui en grande partie réinjecté ou consommé localement, et de générer des devises supplémentaires alors que la production pétrolière conventionnelle décline structurellement. Le calendrier annoncé, avec une mise en service prévue dans moins de trois ans, place le projet parmi les chantiers énergétiques les plus surveillés d’Afrique centrale.

Cap Lopez, du pétrole au GNL

Le choix du Cap Lopez n’a rien d’anodin. Le terminal, exploité de longue date pour l’évacuation des bruts gabonais, dispose déjà d’infrastructures portuaires en eau profonde, de capacités de stockage et d’une logistique rodée au trafic de méthaniers et de pétroliers internationaux. Greffer une unité de liquéfaction sur cet ensemble permet de réduire les délais de mise en œuvre et de contenir l’enveloppe d’investissement, en tirant parti de l’existant plutôt que de bâtir un site greenfield.

Concrètement, le gaz associé extrait des champs offshore et onshore opérés par Perenco doit alimenter la future installation. Cette ressource, longtemps considérée comme un sous-produit du pétrole, prend une valeur stratégique nouvelle dans un marché mondial recomposé par la guerre en Ukraine et la quête européenne d’alternatives au gaz russe. Le GNL gabonais visera vraisemblablement les acheteurs européens et asiatiques, sur des contrats de moyen terme.

Perenco, opérateur pivot d’une diversification énergétique

Le groupe franco-britannique occupe une position centrale dans l’économie pétrolière gabonaise. Sa montée en puissance s’est accélérée à la faveur du retrait progressif des majors, dont Shell et Total, qui ont cédé une partie de leurs actifs matures. En reprenant ces champs, Perenco a consolidé son rang de premier producteur national et hérité d’un portefeuille d’actifs gaziers que le projet de liquéfaction permettra désormais de monétiser.

Le financement intégral assumé par l’opérateur traduit aussi une évolution du modèle gabonais : l’État, dont les marges budgétaires sont contraintes, se positionne en facilitateur réglementaire et fiscal plutôt qu’en investisseur direct. Reste à préciser les termes du partage de production et la fiscalité applicable au GNL, deux paramètres qui détermineront la part effective de la rente captée par le Trésor public.

Un pari stratégique pour les autorités de transition

Pour les autorités issues du changement politique de 2023, le projet revêt une portée symbolique forte. Diversifier les sources de revenus d’hydrocarbures, prolonger la durée de vie économique des champs matures et offrir un débouché valorisé au gaz associé sont autant d’objectifs affichés dans le discours officiel. Le GNL apparaît, à cet égard, comme un levier complémentaire au manganèse, au bois et à l’agriculture dans la stratégie de diversification.

L’équation reste néanmoins exigeante. Les marchés du GNL connaissent une vague d’investissements concurrents, notamment au Mozambique, en Mauritanie, au Sénégal et au Congo voisin, où Eni a déjà mis en service une unité flottante. Le Gabon devra sécuriser des contrats d’enlèvement compétitifs et garantir la fiabilité opérationnelle de son installation pour s’imposer sur un segment où la marge de manœuvre tarifaire dépend de l’équilibre offre-demande mondial.

Par ailleurs, la trajectoire de production pétrolière de Perenco, évoquée à un niveau de référence proche de 100 000 barils par jour à l’échelle gabonaise, conditionne directement la disponibilité du gaz associé qui alimentera la future chaîne de liquéfaction. La cohérence entre stratégie pétrolière et stratégie gazière sera donc déterminante pour la tenue du calendrier 2028. Selon RFI Afrique.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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