Sierra Leone : Mohamed Juldeh Jalloh fixe le cap de l’autosuffisance

A vibrant aerial view of Mount Aureol and its colorful houses in Freetown, Sierra Leone.Photo : Tappiah Sesay / Pexels

La Sierra Leone se présente désormais comme un cas d’école du redressement post-crise en Afrique de l’Ouest. Après la guerre civile, l’épidémie d’Ebola et le choc pandémique du Covid-19, le pays affiche une croissance qui dépasse les 4 % et une inflation en décrue, sous l’effet d’un programme négocié avec le Fonds monétaire international (FMI). Le vice-président Mohamed Juldeh Jalloh résume la doctrine de l’exécutif en une formule : faire de l’autosuffisance l’objectif phare du quinquennat, en priorité dans l’agriculture et l’énergie. Cette ambition sera mise en avant lors du sommet Africa Forward de Nairobi, où Freetown servira de vitrine au renouvellement des relations africaines voulu par la présidence française.

Un programme FMI qui restaure la stabilité macroéconomique

La trajectoire actuelle de la Sierra Leone repose sur une discipline budgétaire stricte, négociée avec les services du FMI. La maîtrise des dépenses publiques, conjuguée à un resserrement monétaire, a permis de freiner une inflation qui avait atteint des niveaux insoutenables pour les ménages. Le retour de la croissance au-dessus du seuil des 4 % traduit aussi la reprise de plusieurs filières exportatrices, dont les mines, traditionnel poumon de l’économie nationale. Ce redressement reste toutefois fragile, tributaire de l’accès aux financements concessionnels et des cours des matières premières.

Mohamed Juldeh Jalloh insiste sur la nécessité d’élargir l’assiette fiscale pour réduire la dépendance à l’aide extérieure. Le gouvernement de Julius Maada Bio mise également sur la digitalisation des services publics afin de limiter les fuites de recettes et de fluidifier la relation entre l’administration et les contribuables. Cette modernisation s’inscrit dans le cadre plus large d’une réforme de la gouvernance, identifiée par les bailleurs comme la condition d’un décollage durable.

L’agriculture, pivot de la souveraineté alimentaire

Derrière le discours sur l’autosuffisance, l’enjeu est éminemment social. L’insécurité alimentaire demeure massive, alors que le pays importe une part significative de son riz, aliment de base de la population. Pour le vice-président, la dépendance aux importations expose Freetown aux soubresauts des marchés mondiaux et alourdit mécaniquement la facture en devises. La stratégie consiste donc à relancer la production locale, à mécaniser les exploitations et à reconstruire des chaînes de valeur agro-industrielles laminées par les années de conflit.

Le programme baptisé Feed Salone, porté par la présidence, mobilise une partie des financements publics et des partenaires techniques pour atteindre cette autosuffisance dans le riz, l’élevage et la pêche. Reste que les rendements progressent lentement et que la pression démographique réduit la fenêtre dans laquelle ces résultats doivent se matérialiser. Toute mauvaise saison agricole risquerait de réactiver la dépendance aux importations et, partant, les tensions sur la balance des paiements.

Les chocs géopolitiques et la pression sur la dette

Au-delà des dynamiques internes, l’économie sierra-léonaise reste exposée aux ondes de choc venues de l’extérieur. Mohamed Juldeh Jalloh pointe le surcoût occasionné par les tensions au Moyen-Orient, en particulier par la guerre impliquant l’Iran, qui renchérit les prix des hydrocarbures et du fret maritime. Pour un pays importateur net d’énergie, chaque hausse durable du baril se traduit par une compression des marges budgétaires et un risque accru sur le service de la dette.

Le vice-président reconnaît que ces facteurs externes pourraient peser sur la soutenabilité de l’endettement public, alors même que les ratios commençaient à se redresser sous l’effet du programme FMI. Freetown plaide donc, comme plusieurs capitales africaines, pour un assouplissement des mécanismes internationaux de restructuration et un accès facilité à la finance climatique. La participation au sommet Africa Forward de Nairobi sera l’occasion de porter ce message auprès de Paris et des bailleurs européens.

La présence de Mohamed Juldeh Jalloh dans l’agenda diplomatique africain de la France traduit aussi la volonté de l’Élysée de diversifier ses interlocuteurs, au-delà du seul espace francophone. Pour la Sierra Leone, anglophone et longtemps positionnée dans l’orbite britannique, l’exercice ouvre un nouveau front de coopération économique, en particulier dans les infrastructures et la transition énergétique. Selon RFI Afrique.

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Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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