Sud-Kivu : le CICR alerte sur la crise humanitaire des hauts plateaux

A young boy walks through a refugee camp in Idlib, Syria, wearing a backpack.Photo : Ahmed akacha / Pexels

La crise humanitaire qui s’aggrave dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo, prend un tour particulièrement alarmant. Après plusieurs mois d’affrontements armés dans cette zone reculée à la lisière du Burundi et du Rwanda, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) décrit une situation jugée très préoccupante pour les populations civiles, prises en tenaille entre groupes armés rivaux et privées d’accès aux services essentiels.

Un Sud-Kivu fracturé par des mois de combats

Les hauts plateaux qui s’étendent sur les territoires de Fizi, Mwenga et Uvira concentrent depuis le printemps une recrudescence des hostilités opposant divers groupes armés locaux et étrangers. Les affrontements y ont provoqué d’importants déplacements internes, vidant des villages entiers et coupant les axes de ravitaillement vers les centres urbains de la région. Les humanitaires peinent à évaluer précisément l’ampleur des besoins, faute de pouvoir circuler librement dans une zone marquée par un relief escarpé et un déficit chronique d’infrastructures.

Cette dynamique s’inscrit dans une crise sécuritaire plus large qui frappe l’est de la RDC, où la province voisine du Nord-Kivu reste dominée par l’avancée du Mouvement du 23 mars (M23). Si l’attention internationale se concentre largement sur Goma et son arrière-pays, le Sud-Kivu connaît, lui, une mosaïque de conflits localisés dont les ressorts mêlent contentieux fonciers, rivalités communautaires et logiques transfrontalières. Le résultat, sur le terrain, est une érosion continue de la protection des civils.

Le CICR alerte sur l’effondrement des services de base

Selon le Comité international de la Croix-Rouge, les structures sanitaires des hauts plateaux fonctionnent au ralenti, lorsqu’elles ne sont pas tout simplement à l’arrêt. Plusieurs centres de santé ont été endommagés, pillés ou désertés par leur personnel, privant des dizaines de milliers d’habitants de soins primaires. Les chaînes d’approvisionnement en médicaments se sont rompues, dans une région où le paludisme, les pathologies respiratoires et les complications obstétricales constituaient déjà la première cause de mortalité.

L’accès à l’eau potable se dégrade de la même manière. Les adductions sommaires qui desservaient les villages sont fréquemment hors service, contraignant les familles à puiser dans des sources non protégées avec un risque accru d’épidémies hydriques. Le CICR souligne par ailleurs que la séparation des familles, conséquence directe des fuites précipitées, prive de nombreux enfants d’un environnement protecteur. L’organisation humanitaire tente de rétablir des liens via ses dispositifs de messages familiaux, mais l’insécurité limite encore la portée de ces opérations.

Une économie rurale à bout de souffle

Au-delà de l’urgence sanitaire, c’est tout l’appareil productif local qui vacille. Les hauts plateaux vivent traditionnellement de l’élevage bovin et d’une agriculture vivrière de subsistance. Or les pillages de bétail, devenus monnaie courante, ruinent en quelques heures le capital accumulé sur plusieurs générations. Les marchés hebdomadaires, qui structurent les échanges entre éleveurs et cultivateurs, ne se tiennent plus régulièrement, paralysant la circulation des denrées et faisant grimper les prix dans les rares localités encore approvisionnées.

Les acteurs humanitaires redoutent un basculement vers une insécurité alimentaire sévère si le calendrier agricole devait être à nouveau perturbé. Plusieurs zones n’ont pas connu de saison culturale complète depuis plus d’un an. Concrètement, cela signifie que les stocks domestiques sont épuisés et que la dépendance à l’aide extérieure s’installe durablement, dans une province pourtant réputée pour sa fertilité.

Un test pour la diplomatie régionale

La détérioration constatée dans le Sud-Kivu interroge l’efficacité des médiations en cours. Le processus de Luanda, sous l’égide de l’Union africaine, et les pourparlers parallèles conduits dans le cadre de la Communauté de l’Afrique de l’Est se concentrent prioritairement sur la situation au Nord-Kivu. Reste que tout règlement durable du conflit dans l’est congolais devra intégrer la spécificité des hauts plateaux, où la question des identités et de la nationalité demeure inflammable.

Les partenaires de Kinshasa, qu’il s’agisse des bailleurs européens ou des institutions onusiennes, sont appelés à renforcer leurs financements humanitaires pour 2025, alors que le plan de réponse pour la RDC reste structurellement sous-financé. Sans corridor humanitaire négocié et respecté, les opérations d’assistance demeureront fragmentaires. Selon PressAfrik, le CICR appelle l’ensemble des parties au conflit à garantir un accès sûr et continu aux populations civiles.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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