Mali : le blocus djihadiste de Bamako commence à étrangler la capitale

Vibrant trucks driving along a dirt road in rural Tanzania, with scenic hills in the background.Photo : Pepe Caspers / Pexels

Le blocus de Bamako engagé par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) entre dans une phase opérationnelle visible. Mercredi 7 mai, des camions de marchandises et des autocars ont été détruits par le feu sur des axes situés à quelques dizaines de kilomètres de la capitale malienne. Les images d’épaves calcinées circulent depuis sur les réseaux sociaux et dans les médias locaux, alimentant un climat d’inquiétude chez les transporteurs comme chez les commerçants. La katiba affiliée à Al-Qaïda confirme par ces actions sa volonté de couper la métropole de ses approvisionnements terrestres.

Une stratégie d’étranglement logistique méthodique

Depuis plusieurs semaines, les hommes d’Iyad Ag Ghali multiplient les avertissements à l’encontre des chauffeurs qui continuent d’emprunter les corridors routiers. Le mode opératoire est désormais éprouvé : barrages temporaires, vérification des cargaisons, sommations adressées aux conducteurs, puis incendies de véhicules en cas de refus d’obtempérer. La pression vise particulièrement les axes reliant Bamako à Kayes, à Sikasso et au corridor sénégalais, par lesquels transitent l’essentiel des hydrocarbures et des biens de grande consommation. Le GSIM prétend ainsi sanctionner toute activité économique qui alimenterait l’État malien et ses partenaires sécuritaires.

Cette manœuvre s’inscrit dans une bascule stratégique amorcée à l’automne 2024. Plutôt que de chercher l’affrontement frontal avec les Forces armées maliennes (FAMa) et leurs partenaires russes du corps Africa, la nébuleuse djihadiste privilégie désormais l’asphyxie indirecte. En tarissant les flux logistiques, elle entend provoquer pénuries, hausse des prix et contestation sociale, tout en démontrant l’incapacité des autorités de transition à sécuriser les routes nationales. Une logique d’usure déjà éprouvée au Sahel central, en particulier dans le Liptako-Gourma.

Bamako sous tension, l’économie en alerte

Les premiers signaux économiques se font sentir dans la capitale. Plusieurs stations-service de Bamako rationnent les volumes distribués depuis le début du mois, et les files d’attente s’allongent devant les pompes. Les transporteurs routiers, regroupés au sein du Conseil malien des transporteurs routiers, expriment publiquement leur exaspération face à l’absence d’escortes militaires fiables sur les grands axes. Les compagnies d’autocars privées, déjà fragilisées par la hausse du carburant et la dégradation du réseau, envisagent de suspendre certaines liaisons sensibles.

Le coût humain demeure difficile à établir avec précision, faute de bilans consolidés par les autorités. Plusieurs chauffeurs ont néanmoins été blessés au cours des dernières attaques, et des marchandises destinées aux marchés de Bamako ont été perdues. Les opérateurs économiques redoutent désormais un effet domino sur les prix des denrées alimentaires importées, au moment où la soudure approche dans plusieurs régions du pays. La Chambre de commerce et d’industrie du Mali a appelé à un renforcement urgent des dispositifs de sécurisation des convois.

Un test pour la junte au pouvoir

Pour les autorités de transition dirigées par le général Assimi Goïta, ce blocus représente un défi politique majeur. La rhétorique de la reconquête territoriale, mise en avant depuis le départ de la mission onusienne Minusma fin 2023, se heurte à la réalité d’un encerclement progressif de la capitale. Les opérations conjointes menées avec le Burkina Faso et le Niger dans le cadre de l’Alliance des États du Sahel (AES) n’ont pas, à ce stade, permis de desserrer l’étau sur les corridors stratégiques. La question des moyens aériens, du renseignement et de la couverture des escortes revient avec insistance dans le débat public.

Le voisinage régional observe avec attention. Le port de Dakar, principal débouché maritime du Mali enclavé, ainsi que celui d’Abidjan, dépendent étroitement de la fluidité des corridors sahéliens pour leur trafic de transit. Une paralysie prolongée des routes maliennes pèserait mécaniquement sur les recettes douanières sénégalaises et ivoiriennes, et pourrait raviver les tensions diplomatiques héritées des sanctions de la Cedeao en 2022. Concrètement, le blocus déborde déjà du strict cadre sécuritaire pour devenir un dossier économique sous-régional. Selon Le Monde Afrique.

Pour aller plus loin

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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