UBA : la Côte d’Ivoire devient le premier marché africain hors Nigeria

Contemporary cityscape of Abidjan featuring high-rise buildings by the waterfront under overcast skies.Photo : Jean Marc Bonnel / Pexels

La hiérarchie des filiales africaines de United Bank for Africa (UBA) a basculé en 2025. Le groupe bancaire nigérian, l’un des principaux réseaux panafricains du continent, voit désormais sa filiale de Côte d’Ivoire dépasser celle du Cameroun comme premier moteur de profitabilité hors Nigeria. Selon les comptes consolidés audités publiés en fin de semaine, UBA Côte d’Ivoire a dégagé un bénéfice avant impôt de 126,6 milliards de nairas, contre 57,2 milliards un an plus tôt. La progression atteint 121 % sur douze mois, dans un environnement où la maison mère a, elle, accusé une lourde contre-performance.

Abidjan détrône Douala dans le classement africain d’UBA

Le repositionnement entre les deux poids lourds francophones du réseau est net. La filiale camerounaise a vu sa contribution au résultat avant impôt reculer à 61,9 milliards de nairas, contre 96,6 milliards en 2024. Le Ghana complète le podium avec 78,2 milliards de nairas, en forte hausse depuis les 22,2 milliards de l’exercice précédent. Cette redistribution confirme la diversification du groupe au-delà de son marché historique, l’ensemble du réseau panafricain hors Nigeria ayant contribué à hauteur de 677 milliards de nairas au bénéfice avant impôt, en progression de 26 % sur un an.

L’écart de performance entre Abidjan et Douala tient pour une large part à la dynamique du coût du risque. UBA Côte d’Ivoire a bénéficié d’une reprise nette de provisions de 36 milliards de nairas, indicateur d’un assainissement avancé du portefeuille de crédits. La filiale camerounaise, à l’inverse, a passé 18 milliards de nairas de dotations supplémentaires sur l’exercice. Cette divergence comptable, conjuguée à la croissance organique des activités ivoiriennes, explique l’essentiel du basculement entre les deux marchés.

Une contre-performance nigériane qui rebat les cartes

Le marché domestique d’UBA, longtemps locomotive du groupe, traverse une zone de turbulences. Le résultat avant impôt des opérations nigérianes est tombé d’un bénéfice de 364 milliards de nairas en 2024 à une perte de 1,7 milliard de nairas en 2025. Ce retournement pèse mécaniquement sur les comptes consolidés. Le bénéfice avant impôt du groupe recule de 47 % à 423 milliards de nairas, tandis que le bénéfice net s’établit à 405 milliards, contre 767 milliards un an plus tôt.

Le contexte macroéconomique nigérian, marqué par les effets prolongés de la libéralisation du naira et par la persistance de pressions inflationnistes, a fragilisé la rentabilité bancaire dans la première économie africaine. Ugo Nwaghodoh, directeur exécutif en charge de la finance et des risques, a indiqué dans le communiqué accompagnant les résultats que des mesures délibérées avaient été engagées pour repositionner les opérations locales et préparer une croissance prudente des actifs à risque au fur et à mesure de l’amélioration des conditions macroéconomiques. Le redressement attendu n’est, à ce stade, pas encore reflété dans les agrégats consolidés.

Le bilan ivoirien, première vitrine internationale du groupe

Au-delà du compte de résultat, c’est l’ensemble du profil d’UBA Côte d’Ivoire qui change de dimension. La filiale d’Abidjan affiche désormais 2 370 milliards de nairas d’actifs, ce qui en fait la plus importante banque du réseau étranger du groupe. Sur le bénéfice net, l’écart avec Douala s’accentue encore. La note 50 des comptes audités fait ressortir un résultat net de 125 milliards de nairas pour l’entité ivoirienne, contre 41,5 milliards pour la camerounaise. La charge fiscale supportée par chacune des deux filiales accentue la divergence, à 1,6 milliard de nairas à Abidjan contre 20,4 milliards à Douala.

Pour le management du groupe, la nouvelle hiérarchie pose une question stratégique. La zone UEMOA, portée par la croissance ivoirienne et l’approfondissement bancaire régional, s’impose comme un relais de profitabilité au moment où la Cemac, et singulièrement le Cameroun, traverse un cycle économique moins porteur. Les prochains exercices trimestriels permettront de mesurer la solidité de ce nouvel équilibre et l’avancée du redressement nigérian. Selon Investir au Cameroun.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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