Cameroun : l’État engage l’intégration de la filière mine-métallurgie

A powerful image of molten metal pouring in a heavy industry steel mill setting.Photo : Bence Szemerey / Pexels

Yaoundé pose les premiers jalons d’une réorganisation profonde de sa filière mine-métallurgie. Le 24 avril 2026, à Douala, une mission du Comité stratégique chargé de l’élaboration et du suivi d’un cadre de mesures pour l’intégration de cette filière a bouclé une tournée de quatre jours dans plusieurs unités industrielles de transformation des métaux. La délégation, conduite par le Dr Tang Ahanda, conseiller spécial du Premier ministre et président du comité, a inspecté les sites des principaux sidérurgistes du pays. L’enjeu : bâtir une chaîne de valeur nationale capable de tenir le choc de la concurrence continentale.

Une cartographie industrielle au service de la compétitivité

La tournée a couvert les usines des membres de l’Organisation camerounaise des industries de transformation des métaux (Ocitram) : Aciéries du Cameroun, Alucam, Metafrique, Prometal et Prolau SA. Le producteur de fer à béton Acero Metal, qui ne figure pas parmi les adhérents de l’Ocitram, a également ouvert ses portes aux émissaires gouvernementaux. Selon des sources proches du dossier, la mission visait trois objectifs articulés : dresser l’état des lieux de la production nationale des produits ferreux, identifier les blocages opérationnels rencontrés par les industriels et collecter leurs attentes en matière de compétitivité.

Le calendrier prévoit un second volet en mai 2026, cette fois auprès des sociétés minières. Cette séquence en deux temps doit aboutir à un jeu de propositions concrètes pour mieux articuler l’amont extractif et l’aval transformateur. Le marché que représente la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) constitue l’horizon stratégique assumé de la démarche.

Matière première et énergie, les deux verrous historiques

Les échanges sur le terrain ont remis sur la table un défi récurrent : l’accès à la matière première. Plusieurs unités tournent en deçà de leur capacité installée, faute d’approvisionnement régulier. Deux causes ont été pointées : la raréfaction de la ferraille sur le marché local et le retard pris par plusieurs projets miniers structurants, en particulier dans le fer et la bauxite. Ces gisements doivent en principe alimenter les industries locales en vertu des quotités de transformation domestique inscrites dans le Code minier camerounais.

Le second verrou tient à l’énergie. Les industriels jugent son coût trop élevé et la qualité du service rendu insuffisante pour des activités intensives en électricité comme l’aluminium ou la sidérurgie. À ces irritants s’ajoute la question des normes : selon les mêmes sources, le marché intérieur reste pénétré par des tôles importées dont la qualité ne répond pas aux exigences techniques en vigueur. Un manque à gagner direct pour les producteurs locaux, qui demandent une application plus stricte des standards.

Surcapacité, Code minier et arbitrages industriels

Autre dossier remonté à la délégation : la rationalisation de l’implantation des usines. La capacité installée de la métallurgie camerounaise excéderait nettement la demande intérieure, ce qui a poussé l’exécutif à suspendre depuis quelques années les importations de certains matériaux de construction, à commencer par le fer à béton. Cette protection administrative ne suffit toutefois pas à assurer la rentabilité d’un parc industriel en quête de débouchés régionaux.

Le Comité stratégique a été institué par le Premier ministre le 10 décembre 2025. Placé sous l’autorité du chef du gouvernement, il a pour mandat de diagnostiquer en profondeur les problématiques d’intégration de la filière mines-métallurgie. Sa feuille de route inclut la sécurisation d’une chaîne d’approvisionnement fiable en minerai de fer pour les aciéries locales, le respect des quotités de transformation prévues par le Code minier, la protection des industries nationales et leur positionnement dans la Zlecaf.

Le développement d’une chaîne de valeur nationale et internationale dans les métaux figure également au cahier des charges. Reste à savoir si les arbitrages à venir trancheront entre logique de protection du marché intérieur et stratégie offensive de conquête régionale, alors que les concurrents nigérian, ivoirien ou égyptien avancent leurs propres pions sur le segment de l’acier africain. Selon Investir au Cameroun.

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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