Les terres rares de Minta, dans la région du Centre au Cameroun, se rappellent au bon souvenir des marchés miniers. La compagnie australienne Lion Rock Minerals, cotée à l’ASX, a communiqué le 2 septembre les résultats d’analyses menées sur d’anciens échantillons de forage prélevés à Minta Est. Le meilleur intervalle affiche une teneur moyenne de 4,54 % d’oxydes totaux de terres rares (TREO) sur 2,3 mètres à partir de la surface. Deux autres forages confirment le potentiel du site avec respectivement 3,40 % sur trois mètres et 3,49 % sur deux mètres.
Le pic mesuré atteint 21,15 % TREO sur un intervalle réduit de trente centimètres, entre deux et 2,3 mètres de profondeur, dans le forage MRAU0238. Un chiffre remarquable, quoique circonscrit, que la junior présente comme un signal fort de la richesse minéralogique du permis. Sur les 91 échantillons soumis à l’analyse chimique, 90 ont livré des données exploitables. Parmi ceux-ci, 40 dépassent 0,5 % TREO, 26 franchissent le seuil de 1 % et 16 affichent au moins 2 %.
Néodyme et praséodyme, marqueurs stratégiques du gisement camerounais
Au-delà du volume global, la nature des terres rares détectées attire l’attention. Les analyses révèlent une présence significative de néodyme et de praséodyme, deux métaux essentiels à la fabrication d’aimants permanents équipant les moteurs de véhicules électriques et les turbines éoliennes. Ensemble, ils représentent de 21 à 24 % des TREO mesurés dans les intervalles principaux. Du dysprosium et du terbium, employés pour renforcer la tenue thermique des aimants, ont également été identifiés.
Cette signature géochimique inscrit le projet camerounais dans le segment le plus convoité du marché mondial. La demande d’aimants permanents progresse au rythme de l’électrification des transports et de la transition énergétique, un secteur où Pékin conserve une position dominante à travers ses raffineries. Pour les gouvernements occidentaux, sécuriser des sources alternatives est devenu un impératif industriel et géopolitique. Le Cameroun, jusqu’ici discret sur ce segment, apparaît comme une pièce potentielle du puzzle.
Une vaste campagne de forage encore en cours d’analyse
Les données diffusées le 2 septembre ne proviennent toutefois pas de la campagne d’exploration la plus récente. Achevée le 29 août, celle-ci a mobilisé 761 trous totalisant environ 3 485 mètres, déployés sur une cinquantaine de kilomètres le long des rivières et affluents de la zone. Elle a généré 3 666 échantillons, dont les 638 premiers ont été acheminés au laboratoire. Lion Rock prévoit une publication progressive des résultats au cours des prochaines semaines et des prochains mois.
Cette nouvelle vague d’analyses doit clarifier une question centrale : les fortes teneurs observées sur des points isolés se prolongent-elles sur une superficie exploitable ? Les résultats déjà publiés portent sur un échantillonnage limité et ne permettent pas de mesurer la continuité de la minéralisation. La compagnie envisage par ailleurs de recourir au forage au diamant pour explorer les niveaux plus profonds. Plusieurs trous à la tarière ont dû être arrêtés prématurément, faute de pouvoir traverser des couches de roche altérée. C’est le cas du MRAU0238, stoppé alors que la minéralisation restait présente.
Un projet stratégique, mais sans ressources certifiées à ce stade
La prudence reste de mise. Lion Rock n’a annoncé ni volume de ressources minérales, ni réserves, ni estimation de la quantité totale de terres rares susceptible d’être valorisée à Minta Est. La compagnie rappelle qu’une teneur chimique élevée ne préjuge pas de la rentabilité économique d’un gisement. Des essais minéralogiques doivent encore déterminer sous quelle forme les terres rares sont piégées dans la roche et si un concentré commercialisable peut être obtenu.
Le permis Minta s’étend sur environ 8 800 km². Historiquement exploré pour le rutile, un minerai riche en titane qui a attiré l’américain Tronox, il fait désormais l’objet d’une double stratégie d’exploration. La zone orientale concentre les travaux sur les terres rares, tandis que le reste du périmètre demeure orienté vers le titane. Pour Yaoundé, la perspective d’un gisement de métaux critiques ouvre un nouveau chapitre de diversification minière, à condition que les prochaines campagnes confirment l’ampleur du potentiel. Selon Investir au Cameroun, la publication des résultats issus des 3 666 échantillons s’étalera dans les prochains mois.
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