L’insécurité alimentaire au Soudan du Sud atteint un seuil critique. Selon les dernières évaluations onusiennes, plus de la moitié de la population du plus jeune État d’Afrique se trouve désormais en situation d’urgence nutritionnelle aiguë. Le Programme alimentaire mondial (PAM), principal pourvoyeur d’aide dans le pays, alerte sur l’épuisement de ses ressources et redoute une dégradation rapide des conditions de subsistance des ménages ruraux comme urbains.
Une crise alimentaire d’une ampleur inédite à Juba
Les chiffres communiqués par les agences onusiennes dressent un tableau préoccupant. Plus de la moitié des Sud-Soudanais, soit plusieurs millions de personnes, sont classés dans les phases de crise, d’urgence ou de catastrophe selon la grille IPC (Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire). Cette détérioration intervient alors que le pays n’a jamais véritablement retrouvé de stabilité depuis son indépendance en 2011 et la guerre civile qui a suivi en 2013.
Les causes sont connues et largement documentées. Les inondations récurrentes qui frappent les États du Jonglei et de l’Unité, l’instabilité politique persistante autour de l’accord de paix de 2018, ainsi que l’afflux de réfugiés en provenance du Soudan voisin depuis avril 2023 pèsent lourdement sur des infrastructures déjà fragiles. À cela s’ajoute une inflation galopante qui rogne le pouvoir d’achat des ménages dans un pays où la livre sud-soudanaise s’est effondrée face au dollar.
Le PAM contraint de réduire ses rations
Le Programme alimentaire mondial, bras opérationnel de l’ONU pour l’aide alimentaire, traverse une crise budgétaire qui l’oblige à des arbitrages douloureux. L’agence basée à Rome a confirmé ces derniers mois une réduction des rations distribuées sur le terrain et un ciblage plus restrictif des bénéficiaires. Concrètement, des centaines de milliers de personnes initialement éligibles à l’assistance se retrouvent privées d’un soutien régulier.
Cette contraction des moyens s’inscrit dans un mouvement plus large de désengagement des bailleurs traditionnels. Les coupes budgétaires opérées par Washington dans l’aide humanitaire internationale au début de 2025, conjuguées au repli de plusieurs capitales européennes confrontées à leurs propres tensions budgétaires, ont privé le PAM de plusieurs centaines de millions de dollars sur l’ensemble de ses opérations africaines. Le Soudan du Sud, qui figure parmi les théâtres prioritaires, en subit directement les conséquences.
Reste que l’agence onusienne tente de maintenir une présence dans les zones les plus exposées. Les opérations aériennes vers les comtés enclavés du Haut-Nil et du Grand Pibor, où l’accès routier demeure impraticable une grande partie de l’année, se poursuivent. Mais leur coût élevé limite mécaniquement les volumes acheminés.
Une économie minée par la dépendance pétrolière
La situation alimentaire ne peut se comprendre sans rappeler la dépendance structurelle de l’économie sud-soudanaise aux hydrocarbures. Le pétrole représente l’essentiel des recettes publiques et son acheminement vers la mer Rouge passe par un oléoduc traversant le Soudan, en proie depuis avril 2023 à une guerre dévastatrice entre les Forces armées soudanaises et les Forces de soutien rapide. Les ruptures d’approvisionnement et les sabotages ont régulièrement interrompu les exportations sud-soudanaises, asséchant les caisses de Juba.
Privé de devises, le gouvernement du président Salva Kiir peine à honorer les salaires de la fonction publique et à financer les importations de denrées alimentaires de base. La production agricole nationale, dominée par une agriculture vivrière peu mécanisée, ne couvre qu’une fraction des besoins. Les marchés urbains de Juba, Wau ou Malakal restent tributaires des flux ougandais et kényans, dont les prix grimpent au rythme des dépréciations monétaires.
Quel sursaut diplomatique attendre
Les partenaires régionaux observent avec inquiétude la dégradation de la situation. L’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), garante de l’accord de paix revitalisé de 2018, multiplie les appels au respect du calendrier électoral désormais reporté à décembre 2026. Plusieurs chancelleries occidentales conditionnent toutefois leur soutien financier à des progrès tangibles en matière de gouvernance et de lutte contre la corruption, deux dossiers sur lesquels Juba peine à convaincre.
Pour les agences humanitaires présentes sur le terrain, la fenêtre d’action se rétrécit avant la prochaine saison des pluies. Sans réapprovisionnement rapide des stocks et sans engagement renouvelé des donateurs, le scénario d’une famine localisée dans certains comtés ne peut être écarté. Selon RFI Afrique relayée par PressAfrik, le PAM réclame un sursaut immédiat de la communauté internationale.
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