La bataille autour du contrôle de Canyon Resources, société australienne détenant le gisement de bauxite de Minim-Martap au Cameroun, a franchi une nouvelle étape le 2 septembre 2026. A2MP Investments, actionnaire majoritaire et initiateur d’une offre publique d’achat (OPA) à 0,05 dollar australien par action, a déposé auprès du régulateur australien un document contestant point par point la valorisation retenue par BDO Corporate Finance Australia. L’expert indépendant situe la juste valeur de l’action Canyon dans une fourchette de 0,14 à 0,446 dollar australien, avec une valeur préférée de 0,32 dollar, soit environ 130 FCFA. L’écart est vertigineux : 6,4 fois le prix proposé par l’attaquant.
À 0,05 dollar australien par titre, l’offre d’A2MP valorise Canyon à 103 millions de dollars australiens, environ 41,7 milliards de FCFA. À l’inverse, la valeur médiane retenue par BDO porte l’enveloppe à 737,1 millions de dollars australiens, près de 299 milliards de FCFA. Sur cette base, l’expert conclut sans détour que l’offre n’est « ni équitable ni raisonnable ». La date butoir est fixée au 21 septembre à 19 heures, heure de Sydney, sauf prolongation ou retrait.
Une valorisation adossée à des ressources hors production
Le point névralgique de la controverse tient à la structure même du calcul de BDO. Sur les 737,1 millions de dollars australiens attribués à Canyon, 707,1 millions correspondent à des ressources de Minim-Martap non intégrées au scénario de production modélisé, soit 95,9 % de la valorisation. La participation de Canyon dans le projet effectivement modélisé, plafonné à 3 millions de tonnes par an, n’est valorisée qu’à 27 millions de dollars australiens, environ 10,9 milliards de FCFA. L’expert justifie cette limitation par l’incapacité, selon lui, à démontrer un financement solide pour atteindre les 10 millions de tonnes annuelles visées par l’étude de faisabilité de 2025.
A2MP ne nie pas la valeur intrinsèque des ressources non exploitées, mais dénonce la méthodologie appliquée par ERM, consultant technique de BDO. Les comparaisons avec des transactions minières similaires reposeraient sur un panel étroit et des fourchettes larges. L’actionnaire majoritaire souligne aussi qu’au rythme de 3 millions de tonnes annuelles, l’épuisement du gisement s’étalerait sur plusieurs siècles, alors que le permis minier expire en 2044, sous réserve de renouvellement. Autre incohérence relevée : en février, les mêmes experts valorisaient la participation de Canyon dans le scénario financé entre 45 et 115 millions de dollars australiens, avec une préférence à 80 millions. Le chiffre est aujourd’hui ramené à 27 millions.
Un déficit de financement de plus de 300 millions USD
La faisabilité économique du projet reste au cœur des interrogations. Selon BDO, le scénario prévoyant une montée en puissance à 10 millions de tonnes présente un déficit de financement supérieur à 300 millions USD, soit environ 170 milliards de FCFA. Canyon négocie avec la banque Jefferies un montage plus modeste incluant 15 millions USD de prépaiement, 110 millions USD pour le matériel roulant ferroviaire et 15 millions USD de fonds propres. La proposition demeure indicative et non contraignante.
Concrètement, la composante en fonds propres pourrait entraîner l’émission de 196 à 278 millions d’actions nouvelles, avec un effet dilutif majeur. Par ailleurs, Camalco, filiale camerounaise de Canyon, avait décroché en 2025 une facilité syndiquée de 82 milliards de FCFA menée par AFG Bank Cameroon. À fin juillet 2026, 75 millions USD avaient été tirés, laissant 65 millions USD disponibles. Mais la banque a suspendu les nouveaux décaissements, dans l’attente d’une révision du calendrier et du modèle financier.
Capex en hausse, fret doublé, production repoussée
Le nouveau modèle financier de Canyon révèle plusieurs dégradations. Le capex comparable grimpe à 494 millions USD, contre 446 millions USD initialement, un écart de 48 millions USD. À cela s’ajoutent 82 millions USD prévus en 2027 pour le rail PQ2, que Canyon espère récupérer par compensation sur des redevances dues à l’État camerounais, selon des modalités encore floues.
Le coût du fret maritime a également doublé. L’étude de faisabilité tablait sur 17 USD la tonne ; le nouveau modèle retient 35,6 USD en 2026-2027, avant une décrue progressive. Cette révision ampute la valeur actuelle nette de 184 millions USD selon Canyon. Le calendrier de production glisse : la cible de 1,2 million de tonnes en 2026 disparaît, remplacée par 400 000 tonnes en 2027, sans nouvelle date ferme pour la première expédition.
À noter enfin qu’A2MP portait son intérêt pertinent dans Canyon à 56,56 % au 1er septembre, mais le Takeovers Panel australien lui interdit provisoirement, depuis le 28 août, de traiter les acceptations reçues ou de lever certaines conditions. Selon Investir au Cameroun, cette suspension ne préjuge pas de la décision au fond.
Pour aller plus loin
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