Soudan du Sud : 56 % de la population en insécurité alimentaire aiguë

People gathered outdoors for food distribution, showcasing community support and aid.Photo : Şeyhmus Kino / Pexels

L’insécurité alimentaire au Soudan du Sud atteint un nouveau seuil critique. D’après les chiffres relayés par l’Organisation des Nations unies (ONU), 56 % des treize millions d’habitants du plus jeune État africain souffrent d’une privation aiguë de nourriture, soit près de 7,7 millions de personnes. Le Programme alimentaire mondial (PAM), bras humanitaire onusien, alerte sur l’érosion rapide de ses capacités opérationnelles, faute de financements à la hauteur des besoins.

Un effondrement humanitaire qui s’amplifie

Le constat dressé par les agences onusiennes traduit une dégradation continue depuis l’indépendance de Juba en 2011. Conflits internes récurrents, déplacements massifs de populations, inondations à répétition dans les États du Jonglei et de l’Unité, effondrement de la livre sud-soudanaise : les facteurs s’additionnent et neutralisent les rares avancées agricoles. Le pays, pourtant doté de terres arables abondantes le long du Nil Blanc, demeure structurellement dépendant des importations et de l’aide internationale pour nourrir sa population.

La guerre qui ravage le Soudan voisin depuis avril 2023 a aggravé la situation. Plus d’un million de personnes, dont une majorité de retournés sud-soudanais, ont franchi la frontière nord, exerçant une pression considérable sur des communautés d’accueil déjà fragilisées. Les corridors logistiques traditionnels via Port-Soudan se sont effondrés, contraignant les humanitaires à recourir à des routes alternatives plus coûteuses, notamment depuis Mombasa au Kenya ou Djibouti.

Le PAM acculé à des arbitrages douloureux

Le Programme alimentaire mondial fonctionne désormais en mode de rationnement. Les rations distribuées ont été réduites à plusieurs reprises, et l’agence concentre ses livraisons sur les zones jugées en phase d’urgence ou de catastrophe selon la classification IPC, l’outil international de référence pour mesurer la sévérité de la faim. Cette logique de triage humanitaire, devenue habituelle dans les théâtres sous-financés, laisse mécaniquement de côté des millions de bénéficiaires classés en insécurité modérée.

Les appels de fonds lancés pour le Soudan du Sud demeurent largement sous-couverts. Plusieurs bailleurs traditionnels, notamment occidentaux, ont réorienté leurs enveloppes vers d’autres crises jugées plus visibles, qu’il s’agisse de l’Ukraine, de Gaza ou désormais du Soudan. Le gel partiel de l’aide américaine, premier contributeur historique du PAM, a accentué la tension sur la trésorerie de l’agence et fragilisé la prévisibilité de ses opérations dans la Corne de l’Afrique.

Une équation économique et politique insoluble

Au-delà de l’urgence humanitaire, la crise alimentaire reflète l’impasse macroéconomique sud-soudanaise. Les recettes pétrolières, qui représentaient avant 2023 près de 90 % des revenus de l’État, se sont effondrées après la rupture du pipeline acheminant le brut via le territoire soudanais. Juba peine depuis à honorer les salaires de la fonction publique et à financer les services de base, transférant de fait la charge sociale sur les agences humanitaires.

Le report répété des élections générales, désormais attendues fin 2026, et les tensions persistantes entre le président Salva Kiir et le vice-président Riek Machar entretiennent un climat d’incertitude peu propice aux investissements agricoles. Les organisations paysannes locales appellent à un soutien structurel à la production vivrière, plutôt qu’à une perpétuation de l’assistance d’urgence, modèle jugé épuisant pour les bailleurs comme pour les bénéficiaires.

Reste que sans injection rapide de financements, le risque d’un basculement de plusieurs comtés vers la phase 5 de l’IPC, synonyme de famine déclarée, se renforce à l’approche de la saison de soudure. Les partenaires régionaux, à commencer par l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), sont sollicités pour relayer le plaidoyer auprès des bailleurs du Golfe, perçus comme un levier complémentaire face au désengagement occidental. Selon RFI Afrique, le PAM réclame désormais une mobilisation internationale d’urgence pour éviter une détérioration irréversible.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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