La séquence remonte aux dernières semaines du second mandat de Macky Sall, mais elle résonne aujourd’hui d’une manière singulière. Abdoulaye Seydou Sow, alors ministre de l’Urbanisme, du Logement et de l’Hygiène publique, avait solennellement affirmé que personne ne pourrait le prendre en défaut de loyauté à l’égard du chef de l’État, y compris après la fin de son quinquennat, fixée au 2 avril 2024. Cette profession de foi, mise en lumière par la presse dakaroise, refait surface au moment où l’Alliance pour la République (APR) traverse une phase délicate de reconfiguration interne.
Un serment politique à contre-courant du calendrier
Le contexte de cette déclaration est essentiel pour en saisir la portée. Prononcée à l’approche de la transition présidentielle, elle avait pour ambition d’ancrer la parole du cadre libéral dans la durée, au-delà même de la perte du pouvoir. Abdoulaye Seydou Sow y engageait sa parole publique, dans une famille politique où les ralliements successifs ont souvent fragilisé les serments d’appartenance. Le choix de la date, le 2 avril 2024, marque symboliquement la fin de l’ère Macky Sall à la tête de la République.
Depuis, le paysage politique sénégalais s’est profondément transformé. L’élection de Bassirou Diomaye Faye a rebattu les cartes, reléguant l’APR dans l’opposition et déclenchant une série de repositionnements chez ses cadres. Certains ont pris leurs distances avec l’ancien président, d’autres ont préféré le silence, quelques-uns ont maintenu une ligne de fidélité affichée. C’est dans ce climat que la déclaration de l’ancien ministre revient au premier plan, invitée par les commentateurs à servir de grille de lecture des attitudes actuelles.
Une APR en quête de cohérence après le 2 avril 2024
L’Alliance pour la République, formation créée par Macky Sall en 2008, doit désormais composer avec un environnement institutionnel radicalement inversé. Les enquêtes ouvertes par les nouvelles autorités sur la gestion des finances publiques, la reddition des comptes annoncée par le gouvernement Sonko et les tensions internes au sein de la mouvance présidentielle sortante rendent la question de la loyauté particulièrement sensible. Chaque prise de position d’un ancien ministre est scrutée, comparée aux serments prononcés à l’époque du pouvoir.
Dans ce jeu de miroirs, la parole d’Abdoulaye Seydou Sow occupe une place particulière. Cadre technocrate, longtemps considéré comme discret, il incarnait une figure de fiabilité au sein de l’appareil gouvernemental. Sa déclaration engageait moins le militant que le compagnon de route revendiqué. En la republiant, la presse sénégalaise met en balance l’engagement verbal et la réalité des trajectoires politiques observées depuis dix-huit mois.
Ce que la séquence dit du champ politique sénégalais
Au-delà du cas personnel, l’épisode illustre une constante du débat public sénégalais : la valeur accordée à la parole donnée en politique et la mémoire longue que cultivent médias, militants et adversaires. Les déclarations d’allégeance, autrefois considérées comme des rituels de circonstance, sont désormais archivées et convoquées à mesure que les alliances se défont. Cette évolution nourrit une exigence de constance qui pèse sur l’ensemble des acteurs, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition.
Pour l’APR, l’enjeu dépasse la seule question de fidélité à l’ancien chef de l’État. Il s’agit de reconstruire une doctrine, d’identifier une ligne d’opposition crédible et de préserver un socle militant face à un pouvoir Pastef qui occupe l’essentiel de l’espace médiatique. La manière dont d’anciens ministres comme Abdoulaye Seydou Sow assument, nuancent ou réinterprètent leurs déclarations passées participera de cette reconstruction. Le poids symbolique de la date du 2 avril 2024 continuera longtemps de servir de repère.
Reste que la rediffusion de tels propos illustre aussi la vitalité d’un espace public où la parole politique n’échappe pas à l’épreuve du temps. Selon Dakaractu, la déclaration continue d’alimenter les discussions autour de la trajectoire des anciens responsables de l’exécutif sortant.
Pour aller plus loin
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