Le retrait progressif de Macky Sall du jeu politique sénégalais relance la question du capital symbolique d’un ancien président qui pensait pouvoir conserver une voix audible depuis l’extérieur. Installé à Marrakech depuis la passation de pouvoir d’avril 2024, l’ex-chef de l’État voit son crédit s’amenuiser au rythme des mises en cause de sa gestion par les nouvelles autorités. Le contraste avec la stature qu’il occupait encore en 2023 illustre la rapidité avec laquelle se défait, en Afrique de l’Ouest, l’aura d’un sortant lorsque le rapport de force bascule.
Une succession qui a tourné à la rupture
Le scénario de transmission imaginé par Macky Sall n’a pas résisté à la vague électorale de mars 2024. Bassirou Diomaye Faye, porté par le mouvement Pastef d’Ousmane Sonko, l’a emporté dès le premier tour avec plus de 54 % des suffrages, balayant le candidat de la coalition présidentielle Amadou Ba. Cette victoire a non seulement privé l’ancien président d’un héritier politique direct, mais elle a aussi installé au sommet de l’État deux personnalités qu’il avait fait emprisonner quelques mois plus tôt. Le retournement est rare dans l’histoire politique sénégalaise.
Depuis, la coalition Benno Bokk Yaakaar, longtemps colonne vertébrale du pouvoir, donne des signes d’effritement. Plusieurs cadres de l’Alliance pour la République (APR), formation fondée par Macky Sall en 2008, ont pris leurs distances ou choisi le silence. D’autres se sont retrouvés dans le collimateur de la justice, notamment dans le cadre des audits financiers commandés par le nouveau gouvernement sur la période 2019-2024. Le rapport de la Cour des comptes publié à l’automne 2024 a révisé à la hausse l’endettement public et alimenté un récit défavorable à l’ancien régime.
L’ombre des audits et la riposte à distance
Concrètement, l’environnement médiatique et judiciaire dans lequel évolue Macky Sall s’est durci. Les enquêtes parlementaires sur la gestion des fonds Covid-19, les marchés d’infrastructures du Train express régional ou encore les concessions pétro-gazières remettent en cause des chapitres entiers de son bilan. L’ancien président, qui occupe par ailleurs depuis 2023 le poste d’envoyé spécial du Pacte de Paris pour les peuples et la planète, a tenté de répondre via des tribunes et des entretiens accordés à la presse internationale, mais la portée de ces interventions reste limitée à l’intérieur du pays.
La stratégie consistant à piloter l’APR depuis l’étranger se heurte à une réalité simple : les militants en quête de protection ou de débouchés cherchent désormais d’autres relais. Plusieurs figures de l’ancienne majorité, à l’image de Mahmoud Saleh ou de Farba Ngom, ont été inquiétées par la justice, ce qui adresse un signal dissuasif au reste de l’appareil. Reste que l’ex-président conserve une base électorale dans le Fouta et dans certaines zones rurales, sans qu’elle suffise à structurer une opposition cohérente face à Pastef.
Quelle place pour un ancien président en exil politique ?
La trajectoire de Macky Sall pose une question plus large, déjà observée au Mali, en Côte d’Ivoire ou en Tunisie : que devient un chef d’État sortant lorsqu’il perd la main sur l’appareil partisan et que ses successeurs construisent leur légitimité sur la dénonciation de son bilan ? Dans le cas sénégalais, l’absence de poursuites directes contre l’ancien président lui-même laisse une marge de manœuvre, mais cette zone grise se rétrécit au fil des révélations comptables et politiques.
Pour les chancelleries et les investisseurs qui suivent Dakar, la marginalisation progressive de l’ancien locataire du palais a une conséquence pratique : les arbitrages économiques, qu’il s’agisse de la renégociation des contrats gaziers avec BP et Kosmos Energy ou de la révision des partenariats avec la Chine, se traitent désormais exclusivement avec le tandem Diomaye-Sonko. Le réseau diplomatique patiemment tissé par Macky Sall, notamment durant sa présidence de l’Union africaine en 2022, ne suffit plus à peser sur l’agenda intérieur. Selon Seneweb, son crédit politique apparaît aujourd’hui largement entamé.
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