Emprunts d’État : le Mali paie 173 points de plus que le Togo

Aerial view of wooden boats along the Niger River in Bamako, Mali. Busy riverbank activity.Photo : Fatih Turan / Pexels

Le fossé se creuse entre les émetteurs souverains de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Sur le compartiment obligataire régional animé par l’Agence UMOA-Titres, le Mali acquitte désormais jusqu’à 173 points de base supplémentaires par rapport au Togo pour lever des fonds sur trois ans. Cette différence, considérable pour deux économies partageant la même monnaie et la même banque centrale, traduit une segmentation croissante du marché régional selon le profil politique et sécuritaire des émetteurs.

Une prime de risque qui reflète le climat politique

La divergence des rendements exigés par les investisseurs institutionnels ouest-africains ne s’explique pas par les fondamentaux monétaires, communs à l’ensemble des huit États membres. Elle renvoie à la perception du risque souverain propre à chaque signature. Le Mali, engagé dans une transition politique prolongée depuis les événements de 2020 et 2021, doit composer avec un environnement sécuritaire dégradé au centre et au nord du pays, ainsi qu’avec une reconfiguration diplomatique depuis sa sortie de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

À l’inverse, Lomé s’est imposée ces dernières années comme l’une des signatures les plus recherchées de la zone. Les investisseurs institutionnels, essentiellement des banques commerciales et des sociétés de gestion basées à Abidjan, Dakar ou Cotonou, valorisent la stabilité macro-budgétaire togolaise et la régularité de ses émissions. Le résultat se lit directement dans la courbe des taux : à maturité équivalente, le papier togolais s’échange à des rendements sensiblement inférieurs.

Un coût budgétaire tangible pour Bamako

Concrètement, 173 points de base d’écart représentent une charge financière significative pour le Trésor malien. Sur une émission type de 50 milliards de francs CFA à trois ans, l’écart de rendement se traduit par un surcoût annuel de plusieurs centaines de millions de francs, cumulés sur la durée de vie du titre. Ce surcoût rogne les marges budgétaires disponibles pour les dépenses de sécurité, d’infrastructures ou d’action sociale, à un moment où les autorités de transition cherchent à contenir le déficit.

La contrainte est d’autant plus forte que le marché régional constitue aujourd’hui la principale source de financement extérieur pour Bamako. Le tarissement partiel des appuis budgétaires bilatéraux occidentaux et le recentrage des partenariats vers de nouveaux bailleurs ont accru le poids relatif des adjudications régionales dans le bouclage des lois de finances successives. Chaque point de base supplémentaire se paie donc en capacité d’action publique.

La segmentation du marché UMOA-Titres s’accentue

La dynamique observée dépasse le seul cas malien. Les investisseurs opèrent une hiérarchisation de plus en plus fine entre les signatures de la zone. Le Togo, la Côte d’Ivoire et le Bénin bénéficient de conditions favorables, tandis que les États confrontés à des tensions politiques ou sécuritaires — Mali, Burkina Faso, Niger — supportent des primes de risque croissantes. Cette différenciation était moins prononcée avant 2020, période durant laquelle les rendements convergeaient davantage au sein de l’UEMOA.

La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) suit avec attention cette segmentation, qui interroge la profondeur du marché régional et sa capacité à absorber, dans des conditions soutenables, les besoins de financement des États les plus vulnérables. Les taux directeurs de l’institut d’émission ont été relevés à plusieurs reprises depuis 2022 pour ancrer les anticipations inflationnistes, ce qui renchérit mécaniquement le coût global du refinancement souverain. Sur cette base commune, les écarts entre émetteurs deviennent d’autant plus visibles.

Pour Bamako, la sortie par le haut passera par une amélioration de la lisibilité politique, une consolidation budgétaire et un dialogue renoué avec les investisseurs régionaux. À défaut, la prime de risque risque de se maintenir durablement, alourdissant le service de la dette et réduisant les marges de manœuvre du prochain exercice budgétaire. Selon Financial Afrik.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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