Ngaoundéré-Garoua : 30 milliards de FCFA versés, chantiers à l’arrêt

A construction worker in a safety vest stands on a rural road in Lafia, Nigeria, holding a helmet.Photo : Audu Samson / Pexels

La reconstruction de la route Ngaoundéré-Garoua, dossier phare des infrastructures routières camerounaises, accumule un retard préoccupant. Selon la revue des projets à financement conjoint conduite par le ministère des Travaux publics (MINTP), les cinq lots attribués à quatre entreprises chinoises stagnent tous sous la barre des 5 % d’exécution physique, près de dix mois après le démarrage des premiers travaux. Les avances de démarrage déjà versées atteignent quelque 30 milliards de FCFA, dans un contexte où les délais contractuels s’égrènent sans que les chantiers ne montent en régime.

Un décalage marqué entre décaissements et avancement

Le lot 1, long de 50 km entre Ngaoundéré et le bas de la falaise de Mbé, illustre ce paradoxe. Attribué à CGCOC Group pour un marché de 38,6 milliards de FCFA, il n’affichait que 1 % d’exécution à la date de la revue, alors que 26 % du délai contractuel avait déjà été consommé depuis le lancement des travaux le 27 novembre 2025. L’entreprise a pourtant encaissé 7,7 milliards de FCFA d’avance de démarrage.

Sur le lot 2, qui court sur 39 km jusqu’au pont de Kéroua, China Harbour Engineering Company (CHEC) enregistre 3 % d’avancement pour un contrat de 29,2 milliards de FCFA, avec près de 40 % du délai déjà écoulé. China First Highway Engineering Company (CFHEC), attributaire des lots 3 et 4, cumule 0,4 % d’exécution sur le tronçon Kéroua-pont Salah, où les travaux n’ont officiellement débuté que le 15 avril 2026, et 4 % sur le lot 4 reliant le pont Salah à Ouro André. Le lot 5, confié à China International Water & Electric Corporation (CWE) entre Ouro André et le pont sur la Bénoué, ferme la marche avec un taux plafonné à 5 % pour un marché de 26 milliards de FCFA.

Des dispositifs de contrôle à la peine

La lenteur des chantiers coïncide avec un dispositif de supervision technique incomplet. Pour les trois premiers lots, la mission de contrôle privée confiée au groupement AECO/CEG demeure suspendue à la signature de son contrat. Une maîtrise d’œuvre publique assure l’intérim depuis le 16 janvier 2026, solution transitoire qui pèse sur la qualité du pilotage. Le MINTP avait pourtant identifié ce goulet d’étranglement lors d’une séance de travail organisée le 17 juin 2026 avec la Banque africaine de développement (BAD), sans que la contractualisation n’aboutisse à ce jour.

Sur les lots 4 et 5, le groupement CIMA International/TAEP/ECTA BTP a reçu son ordre de service le 25 août 2026, mais son personnel clé n’était toujours pas entièrement déployé au moment de la revue. Les entreprises attributaires accusent, elles aussi, du retard dans l’installation des concasseurs, des engins de terrassement, des bases-vie et des centrales d’enrobés. Les opérations visibles sur le terrain se limitent au maintien de la circulation, aux relevés topographiques et géotechniques et à la préparation logistique.

Emprises, financements et enjeux régionaux

La libération des emprises alimente une autre source de friction. La BAD conteste régulièrement le montant des frais de fonctionnement des commissions de constat et d’évaluation, chargées d’identifier les biens affectés. Le ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières a été saisi pour arbitrer. Sur le lot 1, les quatorze premiers kilomètres prévus en 2 × 2 voies traversent en outre des propriétés privées et imposent des ajustements de tracé.

Ces chantiers constituent le principal investissement du Programme d’appui au secteur des transports, phase 4 (PAST IV). L’accord de financement signé le 19 mars 2025 à Yaoundé mobilise un prêt de 330,48 millions d’euros de la BAD, soit environ 216,8 milliards de FCFA, pour une enveloppe globale évaluée par le MINTP à 222,81 milliards de FCFA en cofinancement avec l’État camerounais. Au-delà de la reconstruction des 278 km entre les deux villes du septentrion, le programme couvre le contrôle des travaux, les équipements routiers et le désenclavement de bassins agricoles.

L’enjeu dépasse largement les frontières camerounaises. L’axe Ngaoundéré-Garoua s’inscrit dans le corridor Douala-N’Djamena, qui écoule chaque année plus d’un million de tonnes de marchandises vers le Tchad via près de 20 000 mouvements de camions. Les calendriers contractuels prévoient une livraison échelonnée entre fin 2027 et 2029, un horizon qui paraît d’ores et déjà tendu au vu du rythme actuel. Selon Investir au Cameroun.

Pour aller plus loin

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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