La nouvelle épidémie d’Ebola en RDC agit comme un révélateur. À mesure que les autorités sanitaires congolaises mobilisent leurs équipes pour endiguer la circulation du virus, c’est l’ensemble du dispositif international de soutien qui montre des signes d’essoufflement. La séquence rappelle les flambées précédentes, mais le contexte diplomatique et budgétaire a radicalement changé depuis la pandémie de Covid-19.
Une riposte sanitaire désormais privée de ses relais habituels
Pendant près d’une décennie, la République démocratique du Congo a servi de laboratoire grandeur nature pour la lutte contre les fièvres hémorragiques. Vaccin Ervebo, unités de traitement mobiles, équipes de surveillance épidémiologique : les protocoles éprouvés lors des épidémies de 2018-2020 dans le Nord-Kivu et l’Équateur avaient permis de circonscrire la maladie dans des délais resserrés. Cette mécanique reposait toutefois sur un afflux continu de financements extérieurs, en particulier américains, européens et onusiens.
Or l’écosystème de l’aide a changé de visage. La réduction des budgets de l’Agence américaine pour le développement international (USAID), conjuguée au repli de plusieurs coopérations européennes, prive Kinshasa d’une partie de ses appuis historiques. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), elle-même fragilisée par les arbitrages budgétaires de ses principaux contributeurs, peine à mobiliser les ressources d’urgence avec la même célérité qu’à la fin de la décennie 2010.
Concrètement, les équipes déployées sur le terrain font face à des arbitrages serrés. Le transport des échantillons vers les laboratoires de référence, la logistique de la chaîne du froid pour les vaccins, le paiement des primes de risque aux personnels soignants : chacun de ces postes dépend de lignes budgétaires que les bailleurs renégocient à la baisse. La résurgence du virus survient ainsi à contretemps, au moment précis où la solidarité internationale en matière sanitaire traverse sa phase la plus défensive depuis vingt ans.
Le legs ambigu du Covid-19 sur la gouvernance des pandémies
Six ans après la sortie de la crise sanitaire mondiale, les promesses de refondation de la santé publique mondiale n’ont qu’imparfaitement tenu. Le traité pandémique négocié au sein de l’OMS reste un chantier inabouti, miné par les divergences entre pays du Nord et du Sud sur le partage des contre-mesures médicales. Les mécanismes de financement créés dans l’urgence, à l’image du Fonds de lutte contre les pandémies hébergé par la Banque mondiale, ont reçu des engagements bien inférieurs aux besoins identifiés par les experts.
Cette désillusion pèse aujourd’hui sur la riposte à Ebola. Les autorités sanitaires congolaises insistent depuis des mois sur la nécessité d’une autonomie accrue, qu’il s’agisse de la production locale de vaccins, du renforcement des laboratoires de niveau de sécurité élevé ou de la formation des épidémiologistes de terrain. Ces ambitions se heurtent à la réalité d’un budget national contraint et d’un secteur de la santé qui demeure très dépendant de l’aide extérieure pour ses dépenses verticales.
La géopolitique sanitaire s’en trouve recomposée. La Chine, le Japon et certains pays du Golfe occupent une place croissante dans les programmes d’équipement hospitalier en Afrique centrale, sans pour autant se substituer aux acteurs traditionnels sur le volet de la réponse d’urgence. Le résultat est un paysage fragmenté, où la coordination devient un défi en soi.
L’Afrique centrale face à un risque épidémique structurel
La RDC compte désormais une quinzaine d’épisodes épidémiques d’Ebola documentés depuis la découverte du virus en 1976 sur les rives de la rivière Ebola. Cette fréquence souligne le caractère endémique de la zoonose dans les écosystèmes forestiers du bassin du Congo. La déforestation, l’expansion des fronts agricoles et la mobilité accrue des populations multiplient les occasions de franchissement de la barrière entre faune sauvage et populations humaines.
Pour les pays voisins, notamment le Congo-Brazzaville, l’Ouganda, le Rwanda et la Centrafrique, le risque de propagation transfrontalière impose une vigilance renforcée aux points d’entrée. Les ministères de la Santé de la région coordonnent leurs dispositifs de surveillance via les structures de l’Africa CDC, agence de l’Union africaine montée en puissance après le Covid-19. Cette africanisation progressive de la veille sanitaire constitue l’une des rares dynamiques positives du moment, même si ses moyens demeurent sans commune mesure avec l’ampleur des défis.
Reste que la pression sur la solidarité internationale ne faiblira pas. Chaque épidémie non maîtrisée à temps fait peser un risque de diffusion qui dépasse les frontières du continent, comme l’avait montré la vague ouest-africaine de 2014-2016. À ce titre, la capacité de la communauté internationale à se remobiliser autour de la riposte congolaise constituera un test grandeur nature de la résilience du multilatéralisme sanitaire. Selon Le Monde Afrique.
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