Le contentieux opposant le Liban au groupe émirati Al Habtoor franchit une nouvelle étape. Beyrouth a officiellement mandaté un cabinet d’avocats pour assurer sa défense face à la réclamation de 1,7 milliard de dollars introduite par le magnat Khalaf Ahmad Al Habtoor, fondateur du conglomérat éponyme basé à Dubaï. La procédure, engagée au titre de la protection des investissements étrangers, place l’État libanais devant une exposition financière considérable, dans un contexte où les caisses publiques restent asséchées par six années d’effondrement économique.
L’homme d’affaires émirati reproche aux autorités libanaises une série de manquements ayant, selon lui, compromis la rentabilité de ses actifs hôteliers et immobiliers dans le pays. Le groupe Al Habtoor exploite notamment le complexe Habtoor Grand à Sin El Fil, dans la banlieue de Beyrouth, l’un des établissements les plus emblématiques du tourisme d’affaires libanais avant la crise déclenchée en 2019. La somme réclamée, qui dépasse le milliard et demi de dollars, intègre à la fois des pertes d’exploitation et un préjudice de réputation.
Une riposte juridique calibrée pour un dossier d’arbitrage international
Face à l’ampleur de l’enjeu, le gouvernement libanais a privilégié le recours à un cabinet spécialisé dans les litiges transfrontaliers, plutôt que de s’en remettre aux seuls services du contentieux de l’État. Ce choix traduit la sensibilité du dossier, dont l’issue conditionnera la perception du risque souverain libanais auprès des investisseurs du Conseil de coopération du Golfe. Une condamnation en bonne et due forme exposerait Beyrouth à des mesures d’exécution sur ses actifs à l’étranger, alors que le pays négocie péniblement la restructuration de sa dette extérieure.
Le mandat confié au cabinet retenu couvre l’ensemble de la procédure, depuis les échanges préliminaires jusqu’à la phase contentieuse devant l’instance arbitrale saisie. Les sources concordantes évoquent un recours fondé sur un traité bilatéral de protection des investissements liant le Liban aux Émirats arabes unis, mécanisme classique permettant à un investisseur privé d’attraire directement un État devant un tribunal arbitral international.
Un signal politique adressé aux capitaux du Golfe
Au-delà du strict volet juridique, l’affaire Al Habtoor revêt une dimension diplomatique évidente. Les relations entre Beyrouth et les monarchies du Golfe se sont distendues à partir de 2021, sur fond de divergences autour de l’influence du Hezbollah dans les institutions libanaises. Plusieurs investisseurs émiratis et saoudiens ont gelé ou retiré leurs participations dans le pays du Cèdre, considérant l’environnement réglementaire comme insuffisamment protecteur. La sortie médiatique de Khalaf Al Habtoor, qui n’a jamais caché ses critiques à l’égard de la classe politique libanaise, s’inscrit dans cette tendance lourde.
Le fondateur du groupe Al Habtoor avait, à plusieurs reprises ces dernières années, exprimé publiquement son intention de désinvestir du Liban. Il avait dénoncé l’insécurité juridique, la défaillance des services publics et, plus récemment, les conséquences des opérations militaires israéliennes sur l’activité touristique dans la zone littorale. La transformation de ces griefs en demande chiffrée de 1,7 milliard de dollars marque néanmoins un saut qualitatif inédit dans la confrontation entre l’investisseur et l’État hôte.
Une facture potentielle hors de portée des finances publiques
Le montant en jeu équivaut à plusieurs fois le budget annuel consacré par Beyrouth à certains ministères régaliens. Dans un pays dont les réserves de devises ont fondu et dont la monnaie nationale a perdu plus de 98 % de sa valeur depuis 2019, l’hypothèse d’une condamnation à hauteur même partielle de la somme réclamée constituerait un choc budgétaire majeur. Les autorités misent donc sur une stratégie procédurale visant à contester la compétence du tribunal arbitral, le quantum du préjudice et l’imputabilité des dommages à des décisions étatiques.
Reste la question du précédent. Si l’arbitrage venait à prospérer, d’autres investisseurs étrangers ayant essuyé des pertes au Liban pourraient être tentés d’engager des procédures comparables. La défense de Beyrouth dans le dossier Habtoor dépasse ainsi le simple règlement d’un différend commercial : elle engage la doctrine de l’État libanais en matière de protection des investissements et, plus largement, sa capacité à reconstruire un climat de confiance avec les bailleurs régionaux. Selon Al Akhbar.
Pour aller plus loin
Liban : Al Akhbar accuse Aoun et Salam d’avoir gâché un cessez-le-feu · L’Iran accuse Washington de bloquer les négociations sous médiation pakistanaise · Téhéran accuse Washington de saboter les négociations de paix

Be the first to comment on "Liban : Beyrouth mandate un cabinet face à la plainte d’Al Habtoor"