La crise couvait depuis plusieurs mois au sein de l’Alliance pour la République (APR) à Tambacounda. Elle est désormais publique. Des responsables des mouvements de jeunes et de femmes du parti fondé par Macky Sall ont ouvertement désavoué Mamadou Kassé, cadre historique de la formation dans la région, et réclament l’attribution du mandat de président du conseil départemental à une figure issue de leurs rangs. Cette contestation, exprimée dans le fief oriental du Sénégal, illustre l’ampleur des recompositions à l’œuvre au sein de l’ancien parti au pouvoir depuis la défaite présidentielle de mars 2024.
Une contestation frontale contre Mamadou Kassé
Longtemps présenté comme l’homme fort de l’APR à Tambacounda, Mamadou Kassé, ancien directeur général de la Société nationale des habitations à loyer modéré (SN HLM), voit son autorité locale ouvertement remise en cause. Les militants à l’origine de la fronde estiment que le mode de désignation des responsables départementaux ne reflète plus les rapports de force sur le terrain. Selon eux, la base militante, majoritairement composée de jeunes et de femmes, a porté le parti lors des dernières séquences électorales sans obtenir de contreparties politiques à la mesure de son engagement.
La revendication centrale porte sur la présidence du conseil départemental, échelon stratégique dans un département où l’APR conserve une implantation notable malgré son passage dans l’opposition nationale. Les contestataires font valoir que ce poste doit récompenser une mobilisation constante plutôt que servir de variable d’ajustement pour les équilibres entre cadres dirigeants. Le message adressé à la direction du parti est sans ambiguïté : la légitimité militante prime désormais sur l’ancienneté des notables.
Une APR en pleine recomposition post-2024
Depuis l’arrivée au pouvoir de Bassirou Diomaye Faye et la nomination d’Ousmane Sonko à la Primature, l’APR traverse une phase de reconstruction délicate. Privée des ressources de l’État et de l’appareil administratif qui lui assuraient une discipline interne, la formation doit composer avec des tensions locales qui ne trouvent plus d’arbitrage central efficace. Tambacounda n’échappe pas à ce mouvement de fond, qui touche également d’autres bastions de l’ancien parti présidentiel.
La sortie des jeunes et des femmes de la fédération départementale s’inscrit dans ce contexte. Elle traduit une double dynamique : la volonté d’ouvrir la représentation politique à des profils sociologiquement dominants dans le militantisme actif, et la contestation d’un modèle vertical hérité des années de gestion du pouvoir. Ces deux courants ne recoupent pas nécessairement des ambitions personnelles clairement identifiées, mais convergent pour exiger un renouvellement des visages et des méthodes.
Un enjeu stratégique pour l’est du Sénégal
Tambacounda occupe une place particulière dans la géographie politique sénégalaise. Carrefour économique vers le Mali et frontalier de la zone d’orpaillage de Kédougou, le département constitue un point d’appui décisif pour toute formation aspirant à peser dans l’est du pays. La perte de contrôle de cet ancrage aurait des répercussions bien au-delà du seul enjeu du conseil départemental, en affaiblissant l’APR dans la perspective des prochaines échéances locales.
Pour Mamadou Kassé, la séquence est d’autant plus délicate qu’elle intervient alors que la nouvelle majorité, portée par le parti Pastef, cherche à étendre son implantation dans les zones restées fidèles à l’ancien régime. Chaque fissure interne à l’APR est susceptible d’être exploitée par les formations rivales, qu’il s’agisse de Pastef ou des coalitions issues de l’ex-majorité présidentielle. La direction nationale du parti, aujourd’hui exercée depuis l’étranger par Macky Sall, devra rapidement trancher pour éviter une hémorragie militante durable.
Reste à savoir si un compromis interne peut encore être trouvé, ou si la fronde de Tambacounda annonce une reconfiguration plus large des équilibres au sein de l’ancien parti présidentiel. Selon Dakaractu, les responsables locaux des mouvements de jeunes et de femmes maintiennent leur revendication et entendent la porter jusqu’aux instances nationales du parti.
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