Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a mis fin aux fonctions du Premier ministre Ousmane Sonko, scellant la rupture la plus retentissante au sommet de l’État depuis l’alternance de mars 2024. La décision, annoncée depuis le palais de la République à Dakar, intervient alors que le tandem exécutif issu du parti Pastef incarnait, depuis dix-huit mois, une promesse de refondation institutionnelle et de souveraineté économique. Elle ouvre une séquence politique inédite, dont les conséquences dépassent largement le cadre intérieur sénégalais.
Une rupture politique au sommet de l’État sénégalais
Compagnon de route du chef de l’État, figure centrale de la victoire électorale de 2024, Ousmane Sonko quitte la Primature dans un contexte de tensions accumulées entre la présidence et la majorité parlementaire. Le duo Faye-Sonko avait pourtant été présenté, à son installation, comme un attelage indissociable, l’un assurant la légitimité institutionnelle, l’autre la traction populaire et idéologique. La fin de cette cohabitation au sommet referme un cycle ouvert à la sortie de la longue séquence de contestation qui avait précédé la présidentielle.
Les signes d’une fracture s’étaient multipliés ces dernières semaines. Divergences sur le rythme des réformes économiques, arbitrages budgétaires sous tension, recadrages publics autour de la conduite de l’action gouvernementale : la cohésion affichée à l’origine s’effritait à mesure que les premières échéances de mise en œuvre du programme présidentiel se rapprochaient. La décision présidentielle entérine donc une crise latente plutôt qu’elle ne la déclenche.
Pastef face au défi de la cohésion interne
Pour le parti Pastef-Les Patriotes, la séquence est délicate. Ousmane Sonko en demeure le président, fort d’une base militante massive et structurée. Sa sortie de la Primature ne le prive ni de ses leviers partisans ni de sa capacité de mobilisation, ce qui place le chef de l’État devant une équation politique singulière : gouverner avec une majorité dont le véritable patron ne siège plus au gouvernement. La configuration rappelle, à plusieurs égards, les tensions classiques entre légitimité présidentielle et autorité partisane que d’autres capitales ouest-africaines ont déjà connues.
Le successeur désigné à la tête du gouvernement devra composer avec ce rapport de forces inédit. Sa marge de manœuvre dépendra autant de l’appui présidentiel que de sa capacité à dialoguer avec les cadres de Pastef restés fidèles à l’ancien Premier ministre. Le profil retenu, les arbitrages ministériels et la feuille de route économique adressée aux partenaires de Dakar constitueront, dans les prochaines semaines, les premiers indicateurs de la trajectoire choisie par Bassirou Diomaye Faye.
Des répercussions économiques et régionales à surveiller
Sur le plan économique, la stabilité gouvernementale est scrutée par les bailleurs et les investisseurs. Le Sénégal négocie un nouveau programme avec le Fonds monétaire international (FMI) après la révélation d’écarts statistiques significatifs sur la dette publique héritée du régime précédent. Le démarrage de la production de gaz du champ Grand Tortue Ahmeyim, partagé avec la Mauritanie, et la montée en cadence du pétrole de Sangomar exigent par ailleurs une exécution administrative fluide. Tout flottement à la tête de l’exécutif se traduit, immédiatement, par une prime de risque sur les titres souverains et par un attentisme des opérateurs miniers, énergétiques et bancaires installés à Dakar.
À l’échelle régionale, la décision est observée de près par les capitales de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Le Sénégal s’était imposé, depuis 2024, comme un médiateur écouté dans la crise avec les régimes militaires du Sahel et comme une voix souverainiste assumée au sein de l’organisation. La recomposition du gouvernement pourrait nuancer le ton diplomatique de Dakar, sans nécessairement infléchir sa ligne de fond, attachée à la renégociation des contrats stratégiques et à la révision des accords monétaires et sécuritaires hérités.
Reste l’incertitude sur la trajectoire personnelle d’Ousmane Sonko, dont la stature dépasse les seules fonctions exécutives. Sa parole, dans les heures qui suivront cette éviction, pèsera autant que les premières mesures du nouveau Premier ministre. La capacité du président Faye à maintenir un cap réformateur sans son partenaire originel constituera le test politique majeur des prochains mois. Selon Africtelegraph.
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