La capitale économique ivoirienne abrite la 45e session plénière de la Commission technique du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), institution spécialisée de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Rendez-vous statutaire des autorités de supervision financière de la sous-région, la rencontre d’Abidjan se tient dans un environnement marqué par la persistance des menaces djihadistes au Sahel et par la pression croissante des standards internationaux du Groupe d’action financière (GAFI) sur les juridictions africaines.
Une plénière sous pression sécuritaire et réglementaire
La plénière du GIABA constitue le principal organe technique d’évaluation mutuelle des dispositifs nationaux de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT). Les délégations des quinze États membres de la CEDEAO y confrontent leurs avancées législatives, institutionnelles et opérationnelles. Au cœur des discussions figurent les rapports d’évaluation par les pairs, instrument qui détermine la conformité de chaque pays aux quarante recommandations du GAFI.
L’enjeu n’est pas seulement technique. Plusieurs États ouest-africains figurent encore sur la liste grise du GAFI, avec à la clé un renchérissement du coût de financement extérieur et une vigilance accrue des correspondants bancaires internationaux. Le Sénégal, le Nigeria et le Burkina Faso ont, ces dernières années, dû négocier des plans d’action contraignants pour sortir de cette catégorie. La Côte d’Ivoire, hôte de la session, mise sur sa stabilité institutionnelle pour consolider son positionnement de hub financier régional.
Le financement du terrorisme, angle mort persistant
Le volet financement du terrorisme occupe une place centrale dans les travaux. L’extension de la zone d’opération des groupes armés depuis le Liptako-Gourma vers les pays du golfe de Guinée a déplacé la cartographie des risques. Les circuits informels de transfert de valeurs, le commerce transfrontalier de bétail et d’hydrocarbures, l’orpaillage illégal et la rançon constituent autant de canaux identifiés par les analyses du GIABA. Concrètement, la traçabilité des flux reste limitée par la prépondérance du cash et par la fragmentation des systèmes d’information des cellules de renseignement financier.
Par ailleurs, l’essor des actifs virtuels et de la monnaie mobile redessine la matière régulée. Les autorités de supervision plaident depuis plusieurs sessions pour une harmonisation des cadres applicables aux prestataires de services sur actifs numériques, sujet sur lequel la sous-région accuse un retard par rapport aux standards révisés du GAFI. Le sujet devrait nourrir les échanges techniques de cette 45e plénière, à mesure que les opérateurs de paiement mobile gagnent en part de marché dans des pays comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou le Ghana.
Abidjan, vitrine d’une diplomatie financière régionale
Pour la Côte d’Ivoire, accueillir le GIABA s’inscrit dans une stratégie d’influence assumée au sein de la CEDEAO, alors que l’organisation traverse une crise institutionnelle ouverte par le retrait annoncé du Mali, du Burkina Faso et du Niger. La présence des délégations techniques de l’ensemble des États membres revêt, dans ce contexte, une portée politique. Le maintien du dialogue sur les questions de sécurité financière constitue l’un des rares espaces où la coopération sous-régionale demeure opérationnelle malgré les fractures diplomatiques.
Reste que la traduction concrète des recommandations issues des plénières du GIABA dépendra de la volonté politique de chaque capitale. Les rapports successifs de l’institution pointent une mise en œuvre inégale, en particulier sur la confiscation des avoirs criminels, la transparence des bénéficiaires effectifs et la supervision du secteur non financier désigné, qui regroupe notaires, casinos, négociants en métaux précieux et professions immobilières. Autant de chantiers techniques qui conditionnent la crédibilité de la place ouest-africaine auprès des bailleurs et des investisseurs internationaux.
Les conclusions de la session d’Abidjan alimenteront la prochaine réunion ministérielle du GIABA, instance de décision politique de l’organisation. Selon Abidjan.net, l’ouverture officielle des travaux marque le coup d’envoi de plusieurs jours d’échanges techniques entre experts et superviseurs financiers de la sous-région.
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