INTERMAQ réclame 9,8 millions d’euros au ministère sénégalais de l’Agriculture

A tractor plows a vast rural field surrounded by birds, depicting peaceful countryside life.Photo : dayong tien / Pexels

La politique de souveraineté alimentaire portée par le gouvernement sénégalais vient de buter sur un contentieux commercial embarrassant. Le fournisseur INTERMAQ, partenaire du ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, a publiquement contredit les déclarations du ministre Mabouba Diagne et exige le paiement d’une créance de 9,8 millions d’euros. L’affaire intervient alors que l’exécutif dirigé par Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko a fait de l’autosuffisance agricole l’un des piliers de son programme de transformation économique.

Un fournisseur qui sort du silence sur un impayé sensible

La sortie d’INTERMAQ marque une rupture rare dans les relations entre l’État sénégalais et ses prestataires étrangers. Le fournisseur, mobilisé dans le cadre de programmes d’équipement agricole, conteste frontalement la lecture des faits avancée par le ministre. La somme réclamée, 9,8 millions d’euros, correspond à plus de 6,4 milliards de FCFA, un montant qui dépasse l’enveloppe de plusieurs projets locaux d’aménagement hydroagricole.

L’entreprise affirme avoir honoré ses engagements contractuels et attend désormais la contrepartie financière. Cette mise au point publique vise à corriger ce qu’elle qualifie d’inexactitudes dans la communication ministérielle. Le différend porte donc moins sur la nature des livraisons que sur leur reconnaissance comptable et sur le calendrier de paiement attendu par le partenaire industriel.

Mabouba Diagne sous pression politique

Pour le ministre Mabouba Diagne, ancien cadre de la Banque islamique de développement nommé à la tête du portefeuille agricole, l’épisode constitue un test de crédibilité. Sa nomination avait été présentée comme un signal d’orthodoxie budgétaire et de rigueur dans la gestion des programmes publics. Le démenti d’INTERMAQ vient écorner cette image, à un moment où l’exécutif sénégalais multiplie les annonces sur le redressement des comptes hérités du précédent régime.

La souveraineté alimentaire figure parmi les priorités du référentiel Sénégal 2050, dévoilé par les autorités à l’automne 2024. Le pays importe encore une part significative de ses besoins en riz, en blé et en produits laitiers. Réduire cette dépendance suppose de mobiliser des partenaires industriels capables de fournir matériel agricole, intrants et solutions de mécanisation. Tout incident contractuel envoie un signal défavorable aux opérateurs étrangers que Dakar cherche précisément à attirer.

Un précédent qui pèse sur l’attractivité du Sénégal

Au-delà du cas INTERMAQ, le bras de fer interroge la solidité des chaînes de paiement publiques sénégalaises. Plusieurs fournisseurs internationaux ont déjà exprimé leurs inquiétudes sur les délais de règlement observés dans le secteur agricole et celui des travaux publics. La controverse actuelle pourrait alourdir les conditions exigées par les prochains partenaires, notamment en matière de garanties bancaires ou de cautions souveraines.

Reste que le ministère dispose encore d’une marge de manœuvre pour clarifier sa position. Une expertise contradictoire des livraisons, un audit indépendant ou un échéancier de paiement négocié permettraient de désamorcer la crise. Dans le cas contraire, le dossier risque de basculer vers un contentieux arbitral international, scénario coûteux pour l’État et préjudiciable à la réputation financière du Sénégal sur les marchés européens.

L’enjeu dépasse la seule créance contestée. Il touche à la cohérence du discours officiel sur la rigueur de gestion et à la capacité de Dakar à conduire sa stratégie agricole avec des partenaires étrangers fiables. Pour les bailleurs et les chancelleries qui suivent la trajectoire du nouveau pouvoir, l’issue de ce conflit servira de baromètre. Selon PressAfrik, la société INTERMAQ maintient l’intégralité de sa réclamation financière à l’encontre du ministère.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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