À Madagascar, la lutte contre la corruption change de braquet. La Primature a approuvé en début de semaine la mise en œuvre opérationnelle d’une stratégie nationale dont les contours étaient discutés depuis plusieurs mois avec les acteurs institutionnels et la société civile. Le plan anti-corruption malgache repose sur trois leviers structurants : la saisie et la confiscation des avoirs illicites, la généralisation des enquêtes patrimoniales et la mise en réseau des bases de données détenues par les administrations publiques. L’annonce intervient à dix jours d’un rendez-vous politique majeur, la concertation nationale du 3 juin, présentée comme l’acte fondateur de la Refondation promise par l’exécutif.
Un arsenal centré sur les avoirs illicites et le croisement des données
Le dispositif validé par la Primature ambitionne de frapper au portefeuille. La confiscation des avoirs issus d’activités illicites, érigée en priorité, doit permettre aux autorités malgaches de recycler les biens saisis au profit du budget de l’État ou de programmes sociaux. Cette logique s’accompagne d’enquêtes patrimoniales systématiques, qui visent à comparer le train de vie et les avoirs déclarés des responsables publics à leurs revenus officiels. Le mécanisme ne pourra fonctionner sans une infrastructure de données solide. C’est tout l’enjeu de l’interconnexion entre les fichiers de l’administration fiscale, des douanes, du registre du commerce, du foncier et des organismes de sécurité sociale, qui figure parmi les chantiers techniques les plus sensibles du plan.
Concrètement, la stratégie cherche à combler une faille structurelle pointée de longue date par les bailleurs et les organisations internationales : l’éclatement des sources d’information empêche les enquêteurs de remonter rapidement les chaînes de blanchiment et limite l’effectivité du Bureau indépendant anti-corruption (Bianco) ainsi que du Pôle anti-corruption (PAC). L’unification numérique des registres publics, si elle est menée à son terme, modifierait sensiblement l’économie des contrôles et raccourcirait les délais d’instruction des dossiers patrimoniaux.
La société civile salue les avancées mais pose ses conditions
Les organisations non gouvernementales associées à la conception du plan ne cachent pas leur satisfaction d’avoir été consultées en amont. Plusieurs collectifs reconnaissent un saut qualitatif par rapport aux précédentes stratégies, jugées plus déclaratives qu’opérationnelles. La participation de la société civile à l’élaboration du document est, en soi, un marqueur politique dans un pays où la défiance envers les institutions reste élevée.
Reste que cette adhésion n’est pas inconditionnelle. Les acteurs associatifs alertent sur le risque d’instrumentalisation des enquêtes patrimoniales à des fins politiques, à l’approche d’échéances institutionnelles sensibles. Ils réclament des garanties d’indépendance pour les magistrats du PAC, un financement pérenne du Bianco et la publication régulière des indicateurs de performance. La question des moyens humains et budgétaires alloués aux organes de contrôle est posée sans détour : sans renforcement des effectifs spécialisés et sans protection statutaire des enquêteurs, la chaîne pénale anti-corruption risque de buter sur les mêmes obstacles que par le passé.
La Refondation à l’épreuve de la concertation du 3 juin
Le calendrier choisi par la Primature n’a rien d’anodin. La validation du plan anti-corruption précède de quelques jours la concertation nationale du 3 juin, érigée par le pouvoir en pilier de la Refondation institutionnelle. En affichant un engagement opérationnel sur la corruption à la veille de ce rendez-vous, les autorités malgaches cherchent à crédibiliser un discours réformateur souvent contesté sur le terrain. Le succès du dispositif dépendra largement de la capacité de l’État à traduire ses engagements en actes vérifiables : premières confiscations significatives, décrets d’application sur l’interconnexion des données, calendrier précis d’audits patrimoniaux.
Pour les partenaires techniques et financiers de Madagascar, parmi lesquels l’Union européenne, la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, la question de la gouvernance reste un déterminant central des appuis budgétaires. Une mise en œuvre crédible de la stratégie pourrait débloquer des concours additionnels, alors que l’économie malgache demeure exposée aux chocs externes et à la volatilité du franc malgache. À l’inverse, un essoufflement du plan serait perçu comme un signal défavorable par les investisseurs miniers et industriels qui scrutent le climat des affaires de la Grande Île. Selon RFI Afrique.
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