La médiation entre la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel (AES) franchit une nouvelle étape diplomatique à Dakar. Le chef de l’État sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, a reçu en audience l’ancien Premier ministre guinéen Lansana Kouyaté, désigné comme émissaire dans le cadre des tractations entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et le bloc formé par le Mali, le Burkina Faso et le Niger. La rencontre, tenue au palais présidentiel, traduit la volonté du Sénégal de demeurer un acteur central des efforts de réconciliation régionale après la rupture consommée entre les deux ensembles.
Depuis l’annonce du retrait conjoint des trois pays sahéliens de la CEDEAO, devenu effectif en début d’année, l’organisation ouest-africaine cherche à éviter une fracture durable. La création de l’Alliance des États du Sahel, transformée en confédération, a redessiné les équilibres sous-régionaux et compliqué la coordination en matière de sécurité, de libre circulation et d’union douanière. La mission confiée à Lansana Kouyaté s’inscrit dans cette tentative de préserver des passerelles concrètes entre les deux espaces.
Dakar, capitale d’une médiation ouest-africaine
Bassirou Diomaye Faye s’est positionné, dès son arrivée au pouvoir en avril 2024, comme un interlocuteur privilégié des juntes sahéliennes. Ses déplacements précoces à Bamako, Ouagadougou et Niamey avaient marqué une inflexion par rapport à la ligne plus ferme défendue par certains de ses pairs au sein de la CEDEAO. Cette diplomatie de proximité, partagée avec le président togolais Faure Gnassingbé, vise à maintenir un canal de dialogue alors que les sanctions et menaces de recours à la force avaient envenimé les relations en 2023.
L’audience accordée à Lansana Kouyaté confirme cette orientation. Diplomate chevronné, ancien secrétaire exécutif de la CEDEAO dans les années 1990 et figure respectée dans les cercles ouest-africains, l’émissaire guinéen dispose d’une légitimité historique pour porter un message d’apaisement. Sa nomination répond à un besoin de visages neutres, capables de parler aussi bien aux régimes militaires de Bamako, Ouagadougou et Niamey qu’aux gouvernements civils du bloc côtier.
Les enjeux concrets d’un rapprochement
Au-delà du symbole politique, la médiation porte sur des dossiers techniques aux conséquences immédiates pour les populations et les opérateurs économiques. La libre circulation des personnes et des biens, la reconnaissance des passeports, le maintien des échanges commerciaux et la coopération sécuritaire face aux groupes armés terroristes figurent parmi les chantiers prioritaires. La CEDEAO et l’AES ont déjà acté un principe de coexistence, mais les modalités opérationnelles restent à préciser.
Le Sénégal, dont l’économie reste exposée aux flux logistiques transitant par le port de Dakar vers le Mali enclavé, possède un intérêt stratégique direct à la fluidité des relations. Le corridor Dakar-Bamako absorbe une part significative du commerce extérieur malien, et toute friction tarifaire ou douanière se répercute sur les recettes portuaires sénégalaises. Cette réalité économique nourrit la volonté de Bassirou Diomaye Faye de préserver des liens institutionnels malgré la divergence politique.
Une fenêtre diplomatique étroite
La séquence ouverte par cette audience intervient à un moment où les autorités de l’AES consolident leurs propres instruments de souveraineté. Création d’un passeport confédéral, projet de monnaie commune, mutualisation des forces armées : les trois pays sahéliens construisent une architecture parallèle dont chaque étape réduit mécaniquement la marge de retour vers la CEDEAO. Les médiateurs travaillent donc dans un calendrier contraint.
Reste que le pragmatisme l’emporte pour l’instant. Aucune des parties n’a intérêt à un divorce total qui briserait les solidarités historiques, les liens familiaux transfrontaliers et les chaînes de valeur régionales. La diplomatie discrète menée par Lansana Kouyaté, sous l’égide du président sénégalais, pourrait permettre de sceller un cadre de coopération renouvelé entre les deux organisations. L’issue dépendra largement de la capacité des chefs d’État à transformer ces signaux d’ouverture en accords formels avant que les divergences ne se cristallisent davantage. Selon PressAfrik, la rencontre entre Bassirou Diomaye Faye et l’émissaire s’est tenue dans cette perspective.
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