Paris renvoie son ambassadeur à Alger pour relancer le dialogue

A stunning aerial view of Algiers cityscape at sunrise with a golden sky.Photo : Yassine Boukhenifra / Pexels

L’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, va reprendre ses fonctions à Alger après plus d’un an d’éloignement, a indiqué l’Élysée. Le diplomate, rappelé en consultations en avril 2025 sur fond de brouille bilatérale, atterrira dans la capitale algérienne vendredi 8 mai pour participer aux commémorations du quatre-vingtième anniversaire des massacres de Sétif, Guelma et Kherrata. Il accompagnera à cette occasion la ministre déléguée chargée des armées, Alice Rufo. La présidence française présente ce retour comme une étape destinée à restaurer un dialogue efficace entre Paris et Alger.

Une relation franco-algérienne au point mort depuis l’été 2024

La crise diplomatique entre les deux capitales s’est ouverte à l’été 2024, lorsque la France a reconnu un plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental, déclenchant la colère immédiate d’Alger. Les tensions ont ensuite été aggravées par l’arrestation, en novembre 2024, de l’écrivain Boualem Sansal, puis par une succession d’incidents consulaires et migratoires. Le rappel de Stéphane Romatet, en avril 2025, avait scellé la dégradation du canal officiel, laissant l’ambassade fonctionner en mode dégradé pendant treize mois.

Pendant cette période, les échanges économiques et sécuritaires ont continué de pâtir de l’absence de représentation diplomatique pleine. Les opérateurs français présents en Algérie, du secteur énergétique aux transports, ont vu plusieurs dossiers ralentis faute d’interlocuteurs au plus haut niveau. Le retour annoncé du chef de mission marque donc un test pour la capacité des deux exécutifs à compartimenter les contentieux et à préserver un socle de coopération.

Sétif, un terrain mémoriel à haute valeur symbolique

Le choix de Sétif comme première étape du retour de l’ambassadeur n’a rien d’anodin. Le 8 mai 1945, alors que l’Europe célébrait la capitulation nazie, la répression coloniale française s’abattait sur des manifestants nationalistes à Sétif, Guelma et Kherrata, faisant plusieurs milliers de morts selon les historiens. La date constitue, dans la mémoire collective algérienne, l’un des actes fondateurs de la marche vers l’indépendance proclamée en 1962.

En s’associant aux commémorations aux côtés d’Alice Rufo, la diplomatie française entend signaler une disponibilité au geste mémoriel, sans annoncer pour autant de qualification officielle nouvelle des faits. Emmanuel Macron avait déjà engagé, depuis 2022, un travail sur les archives et les disparus de la guerre d’Algérie, sous l’égide de l’historien Benjamin Stora. Le déplacement à Sétif s’inscrit dans cette continuité, tout en cherchant à amorcer un dégel concret avec la présidence d’Abdelmadjid Tebboune.

Le cas Christophe Gleizes au cœur des priorités

Au-delà de la mémoire, l’agenda de Stéphane Romatet comporte un dossier individuel particulièrement scruté à Paris. L’Élysée a précisé que l’ambassadeur consacrerait une attention prioritaire au retour en France du journaliste sportif Christophe Gleizes, dont la situation cristallise une partie des inquiétudes hexagonales sur la liberté de la presse en Algérie. Le sort du journaliste pèse sur la perception publique de la relation bilatérale et figure parmi les premiers tests crédibilisant ou non la séquence de réchauffement.

D’autres ressortissants français font l’objet de procédures sur le territoire algérien, ce qui élargit le périmètre des dossiers consulaires que devra rouvrir le diplomate. Reste que la marge de manœuvre demeure étroite tant que les contentieux structurels, notamment autour des laissez-passer consulaires et de la question saharienne, n’auront pas été abordés.

Une fenêtre étroite pour la diplomatie française

Pour Paris, le retour de l’ambassadeur constitue un signal politique adressé autant à Alger qu’aux partenaires régionaux du Maghreb. Concrètement, l’enjeu consiste à rétablir un canal de travail technique entre ministères, sans préjuger d’une normalisation rapide au sommet. La fenêtre d’opportunité reste tributaire de gestes réciproques, qu’il s’agisse du traitement des dossiers consulaires ou de la reprise des coopérations sectorielles, particulièrement dans l’énergie et la sécurité.

Le calendrier, lui, est contraint. La séquence mémorielle du 8 mai offre un cadre solennel, mais la suite dépendra des marges politiques de Tebboune comme de la capacité de l’exécutif français à maintenir une ligne stable sur le Sahara occidental. Selon Le Monde Afrique, l’Élysée entend désormais privilégier la méthode discrète à la diplomatie déclarative.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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