Minerais stratégiques : Pékin appuie la transformation locale en Namibie

Barren landscape with abandoned buildings in Kolmanskop, Namibia under a clear blue sky.Photo : Elina Emeleeva / Pexels

Le rapprochement entre la Chine et la Namibie autour des minerais stratégiques franchit un nouveau palier. Pékin appuie désormais ouvertement le projet namibien de transformation locale des ressources extraites du sous-sol, une orientation qui rompt avec le schéma classique d’exportation à l’état brut. Le pays d’Afrique australe regorge d’uranium, de lithium, de terres rares, de cuivre et de cobalt, des matériaux devenus déterminants dans la compétition technologique mondiale. Dans la course aux ressources critiques, la Namibie a choisi de monter en gamme, et la Chine entend l’y accompagner.

Une stratégie d’ancrage industriel pour sécuriser les approvisionnements

Premier importateur mondial de matières premières minérales, Pékin redoute la fragmentation des chaînes d’approvisionnement provoquée par les tensions avec Washington et Bruxelles. Soutenir les ambitions industrielles de Windhoek revient à s’installer durablement dans le tissu productif local, au-delà des seuls flux d’exportation. Les groupes chinois investissent depuis plusieurs années dans les mines namibiennes, notamment dans l’uranium, où le pays figure parmi les premiers producteurs mondiaux. La nouveauté tient à l’acceptation, par les opérateurs chinois, d’intégrer des étapes de traitement et de raffinage sur le sol namibien.

Cette inflexion répond aussi à une contrainte politique. En 2023, la Namibie a interdit l’exportation de minerais critiques non transformés, à l’image du lithium et du cobalt. Pour conserver l’accès au gisement, les partenaires étrangers doivent désormais se plier à la règle de la valeur ajoutée locale. Les entreprises chinoises l’ont compris plus rapidement que leurs concurrentes occidentales, en proposant des unités de concentration et, à terme, de raffinage. Pour Pékin, l’arbitrage est clair : mieux vaut un approvisionnement transformé localement qu’un accès rogné par la concurrence européenne ou américaine.

La Namibie cherche la valeur ajoutée et l’emploi qualifié

Le gouvernement namibien défend une ligne assumée : ne plus exporter de richesses brutes sans capter une part significative de la valeur. Cette doctrine, partagée par plusieurs États africains comme la République démocratique du Congo ou le Zimbabwe, vise à corriger des décennies d’extraction peu redistributive. Les autorités misent sur la création d’emplois qualifiés, le transfert de technologie et l’émergence d’une véritable filière industrielle adossée à la mine. La présidence de Netumbo Nandi-Ndaitwah, première femme élue à la tête du pays fin 2024, en a fait une priorité économique.

Dans cette équation, la Chine présente plusieurs atouts. Elle dispose des technologies éprouvées de raffinage, contrôle l’aval industriel des batteries et offre un financement souvent plus rapide à mobiliser que les bailleurs occidentaux. Les industriels chinois maîtrisent en particulier les procédés liés aux terres rares, segment où ils détiennent une position quasi monopolistique. Pour Windhoek, traiter avec des partenaires capables d’intégrer la mine, l’usine et le marché final constitue un raccourci appréciable.

Une compétition géopolitique qui se durcit

Le pari namibien s’inscrit dans une compétition globale où l’Union européenne, les États-Unis et la Chine multiplient les manœuvres pour sécuriser les minerais nécessaires à la transition énergétique et à l’intelligence artificielle. Bruxelles a signé en 2022 un partenariat stratégique avec la Namibie sur les matières premières critiques et l’hydrogène vert. Washington pousse de son côté le corridor de Lobito, qui doit relier les zones minières d’Afrique australe au port angolais. Reste que la rapidité d’exécution chinoise, conjuguée à une moindre conditionnalité politique, continue de séduire les capitales africaines.

Le soutien de Pékin à la transformation locale comporte néanmoins ses limites. La capacité d’absorption industrielle de la Namibie demeure modeste, l’énergie nécessaire au raffinage est coûteuse, et la dépendance technologique vis-à-vis du partenaire chinois pourrait se substituer à l’ancienne dépendance à l’égard des acheteurs européens. Les autorités namibiennes devront calibrer finement les concessions accordées pour éviter de troquer une vulnérabilité contre une autre. La trajectoire ouverte avec Pékin n’en redessine pas moins la géographie minière de l’Afrique australe. Selon RFI Afrique.

Pour aller plus loin

RDC : un rapport parlementaire bouscule la stratégie minière sécuritaire · Zimbabwe : première exportation de sulfate de lithium transformé · Kédougou : Afrigold dénonce l’occupation illégale de son permis minier

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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