Mali : le blocus jihadiste du Jnim étrangle Bamako

Bustling street scene in downtown Luanda, Angola with historic and modern buildings.Photo : basunga visual / Pexels

Le blocus de Bamako décrété par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) franchit un cap. Annoncée le 30 avril par la branche sahélienne d’Al-Qaïda, la mesure visait à asphyxier la capitale malienne en interdisant la circulation des marchandises sur les principaux corridors d’approvisionnement. Une semaine plus tard, les premiers signes d’étranglement se font sentir, avec une dégradation visible des conditions de transport et de ravitaillement pour les six millions d’habitants de l’agglomération.

Un étau qui se resserre sur les corridors de l’Ouest

La pression est particulièrement aiguë sur la façade occidentale du pays, là où transitent les flux commerciaux en provenance du Sénégal et de la Mauritanie. Plusieurs axes structurants permettant la liaison entre l’intérieur du Mali et la capitale se retrouvent paralysés, soit par des actions directes des combattants du Jnim, soit par la prudence des transporteurs qui renoncent à s’engager sur des routes jugées trop exposées. Le corridor reliant Bamako à Kayes, vital pour les importations de carburant et de denrées, figure parmi les plus surveillés.

Cette stratégie d’interdiction n’est pas inédite dans le mode opératoire du Jnim, mais son extension à l’environnement immédiat de la capitale marque un changement d’échelle. Jusqu’ici, les groupes armés concentraient leurs entraves sur le centre et le nord du territoire. En portant le fer aux abords de Bamako, l’organisation dirigée par Iyad Ag Ghali signifie qu’elle entend désormais peser directement sur le cœur politique et économique du pays.

Une économie urbaine sous tension

Les répercussions économiques du blocus se manifestent d’abord dans les marchés et les stations-service. Les opérateurs du transport routier signalent un allongement des délais de livraison, une raréfaction de certains produits et une nervosité des prix sur les denrées importées. Le carburant, dont une part substantielle remonte du port de Dakar, constitue le point de vulnérabilité le plus immédiat pour une capitale dont le tissu économique repose largement sur la mobilité et l’électrogène.

Pour les autorités de transition dirigées par le général Assimi Goïta, l’épisode représente un test politique de premier ordre. Depuis le départ de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma) fin 2023 et le rapprochement avec Moscou via les forces de l’Africa Corps, héritières du groupe Wagner, Bamako a fait le pari d’une remontée en puissance sécuritaire. La capacité à briser ou à contourner le blocus jihadiste sera jugée à l’aune de cette promesse de souveraineté retrouvée.

Un message stratégique adressé à l’Alliance des États du Sahel

Le calendrier choisi par le Jnim n’est pas anodin. Il intervient alors que l’Alliance des États du Sahel (AES), qui réunit le Mali, le Burkina Faso et le Niger, cherche à consolider son architecture militaire et diplomatique commune face aux groupes armés. En frappant l’épicentre malien, l’organisation jihadiste cherche à démontrer les limites de cette mutualisation et à entamer la crédibilité du discours souverainiste porté par les trois juntes.

La portée régionale du blocus dépasse d’ailleurs la seule scène malienne. Les chaînes logistiques qui irriguent Bamako alimentent partiellement le commerce intérieur burkinabè et nigérien, eux-mêmes confrontés à des pressions sécuritaires croissantes. Tout enkystement de la situation à l’ouest du Mali risquerait de fragiliser un peu plus l’équilibre déjà précaire des approvisionnements dans l’ensemble de la zone des trois frontières.

Reste à savoir combien de temps Bamako pourra absorber ce choc sans basculer vers une crise des approvisionnements de plus grande ampleur. Les stocks tampons de carburant et de produits alimentaires offrent un répit de quelques semaines, selon les estimations généralement admises par les opérateurs économiques. Au-delà, la capacité des forces armées maliennes à rouvrir durablement les axes deviendra le marqueur décisif de la souveraineté revendiquée par la transition. Selon RFI Afrique, les liaisons entre la capitale et l’intérieur du pays se compliquent chaque jour davantage.

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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