Le port de Douala franchit 50 000 tonnes de fret vers le Niger

ContainerterminalPhoto : Wolfgang Weiser / Pexels

Le port de Douala, principal point d’entrée maritime du Cameroun, vient de franchir un seuil significatif sur le corridor reliant le littoral atlantique au Sahel : 50 000 tonnes de marchandises ont transité depuis la place portuaire camerounaise à destination du Niger. Cette performance, scrutée par les opérateurs logistiques et les chancelleries de la sous-région, illustre la montée en puissance d’un axe alternatif aux corridors historiques empruntés par Niamey, longtemps tributaire des ports de Cotonou et de Lomé.

Un repositionnement logistique sur le corridor Douala-Niamey

Le franchissement de ce palier intervient dans une séquence où les autorités nigériennes diversifient leurs voies d’approvisionnement. Depuis la rupture diplomatique entre Niamey et Cotonou, consécutive aux tensions ouvertes après le coup d’État de juillet 2023 au Niger et à la fermeture prolongée de la frontière béninoise, le pouvoir nigérien a multiplié les démarches pour sécuriser des routes commerciales jugées plus stables. Douala a tiré profit de cette reconfiguration, en s’imposant progressivement comme un débouché crédible pour les importations sahéliennes.

Le tracé Douala-Ngaoundéré-N’Djamena-Niamey, combinant rail et route, s’allonge sur plus de 2 000 kilomètres. Il mobilise une chaîne complexe d’acteurs, des manutentionnaires portuaires aux transitaires, en passant par les transporteurs routiers tchadiens et nigériens. Le passage des 50 000 tonnes, atteint sur une période récente, démontre que la chaîne tient, malgré les contraintes infrastructurelles et sécuritaires qui pèsent sur la traversée du nord du Cameroun et du Tchad.

Une concurrence renouvelée entre ports ouest-africains

La place portuaire camerounaise se trouve désormais en concurrence directe avec Lomé, Tema et Abidjan pour capter les flux à destination du Niger, du Burkina Faso et du Mali. Chacun de ces hubs avance ses arguments : tarifs de manutention, délais de transit, capacité d’entreposage, fiabilité douanière. Douala mise sur la profondeur de son hinterland, sur la proximité géographique avec le bassin tchadien et sur les efforts entrepris pour fluidifier le passage portuaire, notamment via la modernisation du Terminal à conteneurs et l’extension de Kribi en aval.

Pour le Niger, l’enjeu dépasse la simple logistique commerciale. La diversification des corridors constitue un instrument de souveraineté économique, à l’heure où l’Alliance des États du Sahel, qui regroupe Niamey, Bamako et Ouagadougou, cherche à s’émanciper des dépendances héritées de la Cedeao. La capacité à acheminer hydrocarbures, intrants agricoles, ciment et biens d’équipement sans dépendre d’un seul partenaire littoral devient un attribut stratégique.

Les défis de la chaîne logistique camerounaise

Le succès affiché ne masque pas les fragilités du dispositif. Le tronçon ferroviaire reliant Douala à Ngaoundéré, exploité par Camrail, fait régulièrement l’objet de critiques sur son état et sa capacité. Les déraillements sporadiques, les ralentissements liés à l’entretien différé et les goulets d’étranglement aux postes frontaliers grèvent la compétitivité du corridor. Côté routier, l’insécurité dans le bassin du lac Tchad et les contrôles multiples allongent les délais et renchérissent les coûts pour les chargeurs.

Les pouvoirs publics camerounais affichent leur volonté d’investir dans la fluidification de cet axe, perçu comme un levier de croissance pour les régions septentrionales du pays et comme un instrument d’influence régionale. La Banque africaine de développement, la Banque mondiale et plusieurs bailleurs européens accompagnent depuis plusieurs années des projets de réhabilitation routière sur l’axe Garoua-Maroua-Kousséri, dont l’avancement conditionne la viabilité du corridor sahélien.

Reste à mesurer la durabilité du basculement amorcé. Si la conjoncture politique a manifestement servi Douala, la concurrence demeure vive, et les opérateurs nigériens conservent une exigence forte sur les tarifs et la prévisibilité. Le seuil des 50 000 tonnes constitue un signal, mais la consolidation passera par la résorption des points de friction techniques et par une coordination accrue entre administrations camerounaise, tchadienne et nigérienne. Selon Journalducameroun.com.

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About the Author

Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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