Centrafrique : Anicet Georges Dologuélé bloqué à l’aéroport de Bangui

Aerial view of Abeid Amani Karume International Airport in Zanzibar, showing parked airplanes and terminal.Photo : Keegan Checks / Pexels

Le retour sur la scène publique d’Anicet Georges Dologuélé intervient dans un contexte centrafricain marqué par une crispation persistante entre le pouvoir et l’opposition. Bloqué mardi 5 mai à l’aéroport international de Bangui-M’Poko alors qu’il s’apprêtait à embarquer pour la capitale éthiopienne, le président de l’Union pour le renouveau centrafricain (URCA) a tenu, le lendemain, une conférence de presse pour dénoncer ce qu’il qualifie d’acharnement politique. Il s’agit de sa première sortie médiatique depuis la proclamation des résultats définitifs de la présidentielle, soit près de cinq mois de retrait.

Un passeport diplomatique confisqué à l’aéroport de Bangui

Selon le récit livré par l’intéressé, c’est à l’embarquement que les autorités lui ont signifié l’interdiction de quitter le territoire national. Dans la foulée, son passeport diplomatique aurait été retenu sur instruction du procureur de la République, agissant de concert avec le ministre de l’Intérieur. L’opposant centrafricain affirme n’avoir reçu aucune notification écrite préalable, ni convocation judiciaire susceptible de justifier une mesure d’interdiction de sortie du territoire.

Le déplacement projeté vers Addis-Abeba, siège de l’Union africaine, n’a pas été présenté en détail par l’ancien Premier ministre, qui n’a pas précisé l’objet exact de sa mission éthiopienne. Reste que la confiscation d’un passeport diplomatique, document attaché à des fonctions officielles passées et à un statut protocolaire, constitue un signal politique fort. Pour les soutiens de l’URCA, la mesure traduit une volonté d’entraver la mobilité d’un dirigeant qui demeure l’une des figures structurantes de l’opposition centrafricaine.

Cinq mois de silence après la présidentielle

L’intervention de Dologuélé met fin à une longue période de retrait médiatique. Depuis l’annonce des résultats définitifs du scrutin présidentiel, l’ancien candidat n’avait pas pris la parole publiquement, alimentant les spéculations sur sa stratégie et sur la ligne de l’URCA. Cette discrétion contrastait avec son profil habituel de contradicteur du président Faustin-Archange Touadéra, dont il avait été l’un des principaux concurrents lors des précédents cycles électoraux.

En reprenant la parole sur un mode offensif, le président de l’URCA cherche à réoccuper l’espace politique et à recadrer le récit officiel. Il décrit une mécanique de pression administrative et judiciaire dont il estime être la cible privilégiée. Sans annoncer pour l’heure de recours formel devant les juridictions centrafricaines ou les instances régionales, il se réserve, indique-t-il, le droit d’engager toutes les démarches utiles.

Un climat politique sous tension à Bangui

L’épisode intervient dans un environnement où les organisations de défense des droits humains documentent régulièrement des restrictions visant des voix critiques du pouvoir. Plusieurs cadres de l’opposition centrafricaine ont fait état, ces derniers mois, de difficultés administratives liées à leurs déplacements ou à leurs activités politiques. La gestion de la sécurité intérieure, dans un pays toujours confronté à des foyers d’insurrection en province, sert souvent de toile de fond aux décisions des autorités.

Sur le plan diplomatique, l’incident pourrait susciter l’attention de partenaires extérieurs, à commencer par l’Union africaine, dont le siège était précisément la destination annoncée du voyage avorté. Les chancelleries occidentales et les organisations sous-régionales, en particulier la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), suivent avec vigilance la trajectoire post-électorale du pays. La perception d’un rétrécissement de l’espace civique pèse sur les évaluations de gouvernance et, à terme, sur les conditions d’engagement des bailleurs.

Pour l’URCA, l’enjeu immédiat consiste à transformer ce coup de force administratif en levier de remobilisation. Anicet Georges Dologuélé, ancien gouverneur de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) et figure familière des cercles économiques régionaux, dispose d’un capital politique encore consistant. La capacité de l’opposition à coordonner ses prises de parole et à internationaliser le dossier déterminera en grande partie la portée de cette séquence. Selon RFI Afrique.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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