Le bras de fer entre le Tigré et le pouvoir fédéral éthiopien franchit un nouveau cap. Le 5 mai 2026, l’assemblée régionale a élu Debretsion Gebremichael, chef du Front populaire de libération du Tigré (TPLF), à la présidence du Parlement local. Le geste, hautement politique, est interprété par le parti comme la fin de l’administration de transition mise en place après l’accord de paix de Pretoria signé en novembre 2022. Pour le gouvernement central dirigé par Abiy Ahmed, cette assemblée demeure dépourvue de toute légitimité.
Une élection qui sonne comme un défi à Addis-Abeba
Le scrutin interne s’est tenu dans une région encore convalescente, marquée par deux années d’un conflit dévastateur opposant les forces régionales tigréennes à l’armée fédérale, appuyée par des milices locales et par les troupes érythréennes. En portant son chef historique à la tête de l’institution parlementaire, le TPLF entend reprendre la main sur la gouvernance de la région, contestant frontalement l’exécutif intérimaire désigné par Addis-Abeba à l’issue des combats.
La symbolique est forte. Debretsion Gebremichael, qui a dirigé le Tigré pendant le conflit, retrouve une fonction officielle après plusieurs années passées dans l’ombre des négociations. Son retour aux affaires s’inscrit dans une stratégie de consolidation politique du parti, alors que les fractures internes au sein de la mouvance tigréenne se sont multipliées depuis la fin des hostilités. La désignation valide la ligne dure du TPLF historique face à des courants dissidents proches du pouvoir fédéral.
Un accord de paix de plus en plus fragile
Conclu à Pretoria sous l’égide de l’Union africaine, l’accord de cessation des hostilités prévoyait le désarmement progressif des forces tigréennes, le retour de l’administration fédérale et la tenue d’élections régionales. Trois ans plus tard, l’application de ce texte demeure partielle. Les troupes érythréennes n’ont jamais totalement quitté certaines zones frontalières, et la question des terres contestées de l’ouest du Tigré, occupées par des forces amharas, reste un point de friction majeur.
L’administration intérimaire, dirigée jusqu’ici par une figure issue du TPLF mais jugée trop conciliante avec Addis-Abeba, a perdu son ancrage politique au fil des mois. Sa contestation par l’aile historique du parti culmine désormais avec cette élection parlementaire, que le gouvernement fédéral qualifie d’acte sans valeur juridique. Le ministère éthiopien de la Justice considère que seules des élections régionales organisées sous supervision fédérale pourraient légitimer une nouvelle assemblée.
Un risque de réembrasement régional
La décision intervient dans un environnement géopolitique tendu. Les relations entre Addis-Abeba et Asmara se sont fortement détériorées depuis la fin de la guerre du Tigré, l’Érythrée s’estimant marginalisée par l’accord de Pretoria. La quête éthiopienne d’un accès souverain à la mer Rouge, formulée à plusieurs reprises par Abiy Ahmed, alimente la défiance régionale. Dans ce contexte, un Tigré politiquement réautonomisé sous direction du TPLF pourrait rebattre les alliances dans la Corne de l’Afrique.
Les chancelleries occidentales et les partenaires africains observent la séquence avec inquiétude. Plusieurs rapports humanitaires publiés en 2025 documentaient encore une situation alimentaire critique dans la région, où des centaines de milliers de personnes restent dépendantes de l’aide internationale. Une nouvelle escalade institutionnelle compliquerait l’acheminement de cette assistance et pourrait dissuader les bailleurs engagés dans la reconstruction.
Reste l’enjeu sécuritaire. Si la démobilisation des combattants tigréens a progressé, plusieurs milliers d’entre eux n’ont pas été réintégrés dans des dispositifs civils ou militaires reconnus. La reprise en main politique opérée par le TPLF pourrait offrir un cadre à ces forces, mais aussi raviver les craintes du gouvernement fédéral d’une remilitarisation rampante de la région. La période qui s’ouvre testera la solidité de l’accord de Pretoria autant que la capacité d’Abiy Ahmed à éviter une nouvelle déflagration au nord du pays. Selon RFI Afrique.
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